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Éthiopie : à Mekele, la paix reste à construire après le retrait du TPLF

Les forces fédérales éthiopiennes et la Tigray Peace Force sont entrées à Mekele après le retrait du TPLF, qui tenait la capitale du Tigré depuis fin septembre. Le TPLF présente ce retrait comme tactique, et non comme une défaite.

Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) avait pris le contrôle de Mekele et de son aéroport fin septembre, lors d’une offensive lancée le 23 du mois. Il a annoncé samedi 3 octobre 2026 s’en être « temporairement retiré », affirmant que son administration régionale continuerait à fonctionner « depuis un autre lieu ». Les forces fédérales éthiopiennes ont repris le contrôle de l’aéroport avant que des combattants de la Tigray Peace Force (TPF), suivis par l’armée, n’entrent dans le centre-ville dimanche après-midi.

Le gouvernement fédéral a rejeté la présentation du TPLF, affirmant rester attaché au processus de paix tout en accusant le mouvement de le compromettre. Le chef du TPLF, Debretsion Gebremichael, avait déclaré jeudi que les combats constituaient « la continuation de la guerre précédente » et que ses forces continueraient à attaquer et à défendre le Tigré.

Dans les rues de Mekele, les combattants de la TPF, composée notamment d’anciens membres des forces tigréennes et de commandants intermédiaires du TPLF mécontents de l’accord de Pretoria, veulent afficher leur victoire. Pour Alemat Solomon, membre de la TPF, cette entrée dans Mekele ne constitue pourtant pas un motif de réjouissance. « Les rues sont calmes, les magasins sont fermés », déplore-t-elle, soulignant le retard accumulé par la jeunesse du Tigré après plusieurs années de conflit. « Nous ne construisions pas et nous ne développions pas. Nous étions en guerre. »

Les commerces restent fermés dans la capitale et certains habitants ont organisé eux-mêmes leur sécurité, dans un contexte de fortes perturbations des communications. Des habitants interrogés par l’AFP disent ressentir un soulagement face à la baisse immédiate des combats, tout en craignant que le conflit ne s’installe dans la durée.

Pour Abrha Shumeye, commandant de la TPF chargé notamment des personnels et de la logistique, l’objectif est avant tout politique : mettre fin à l’influence exercée par l’ancienne direction du Tigré. « Notre principal objectif est d’éliminer l’influence que le groupe au pouvoir au Tigré exerçait sur la population », affirme-t-il. Selon un analyste d’Ethiopia pour ACLED, Jalale Getachew Birru, le Premier ministre Abiy Ahmed devrait très probablement confier la sécurité régionale à la TPF, désormais alliée des forces fédérales contre le TPLF.

Le TPLF conteste toute idée de défaite et présente son retrait de Mekele comme une décision tactique. Son dirigeant, Debretsion Gebremichael, a laissé entendre que ses forces poursuivraient le combat, faisant planer le risque d’une nouvelle phase de guérilla.

La nouvelle offensive ravive les souvenirs du conflit de 2020-2022, qui avait fait plus de 600 000 morts selon une estimation de l’Union africaine. L’accord de paix de Pretoria, conclu en 2022, avait permis de faire taire les armes sans régler l’ensemble des différends entre Addis-Abeba et le TPLF. Les combats se sont par ailleurs étendus à la région voisine de l’Afar.

La crise dépasse désormais les frontières du Tigré. L’Éthiopie accuse l’Érythrée, ainsi que l’Égypte et le Soudan, de soutenir le camp opposé au gouvernement, ce que ces pays démentent. Les tensions avec Asmara se sont aggravées jusqu’à la rupture des relations diplomatiques. Samedi, les États-Unis ont exhorté l’Éthiopie et l’Érythrée à « respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de leurs voisins » et à faire preuve de « la plus grande retenue ».

La perspective d’un conflit régional inquiète d’autant plus que les dirigeants égyptien, érythréen, somalien et soudanais se sont réunis dimanche à El-Alamein, en Égypte, pour appeler au règlement pacifique des différends, loin de « politiques unilatérales ou d’intérêts étroits ».

Prudence AGBALETI

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