Quatorze personnes ont été interpellées en six semaines à Kayes dans deux affaires distinctes de trafic de sang humain. Les deux opérations s’inscrivent dans le cadre de « Kokadjè », un dispositif policier régional contre la criminalité.
Quatorze personnes ont été interpellées en moins de six semaines à Kayes, dans l’ouest du Mali, dans deux affaires distinctes de collecte et de commercialisation présumées de sang humain. Les deux opérations s’inscrivent dans le cadre de « Kokadjè », un dispositif lancé par le directeur régional de la Police nationale de Kayes, le contrôleur principal Tapa Oury Diallo, pour lutter contre la criminalité dans la région.
La dernière opération, menée le 28 septembre à la suite d’une dénonciation anonyme, a permis aux policiers du commissariat du 1er arrondissement de Kayes, sous la conduite du commissaire principal Daouda Cissé, d’intervenir dans une habitation du quartier de Bencounda. Un homme de 38 ans, identifié par ses initiales T.S., y aurait été surpris en train de prélever du sang à son domicile. Selon les enquêteurs, il se serait par ailleurs frauduleusement attribué le titre de médecin au sein de l’hôpital de Kayes.
Son interpellation a conduit les enquêteurs vers sept autres suspects, âgés de 17 à 37 ans. Du matériel de prélèvement ainsi que des poches de sang ont été saisis au cours de l’intervention. Selon les premiers éléments de l’enquête, T.S. effectuait des prélèvements en dehors de tout cadre médical, avant de revendre le sang collecté à des familles de patients nécessitant des transfusions, avec la complicité présumée des autres interpellés.
Les huit suspects ont été placés sous mandat de dépôt le 1er octobre, en attendant leur procès. Les investigations se poursuivent pour déterminer la destination du sang collecté et établir l’éventuelle implication d’autres personnes.
Cette affaire intervient quelques semaines après une première opération menée le 21 août par le Commissariat spécial du chemin de fer de Kayes, sous la direction du commissaire principal Lassana Diakité. Six personnes avaient alors été interpellées après la découverte d’une poche de sang d’origine douteuse, destinée à une patiente devant subir des séances de dialyse.
Selon les premiers éléments communiqués, certaines poches auraient été revendues jusqu’à 55 000 francs CFA, tandis que les donneurs auraient reçu environ 16 000 francs CFA pour les prélèvements. Les six suspects avaient également été remis à la justice. Selon le commissaire Diakité, cette opération s’inscrivait dans les orientations du directeur général de la Police nationale, le contrôleur général Youssouf Koné, avec le soutien du ministre de la Sécurité et de la Protection civile.
Au Mali, le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) rappelle que le sang est gratuit et que la délivrance des poches relève des structures sanitaires habilitées, notamment les banques de sang du CNTS, les hôpitaux et les centres de santé de référence. Ces structures sont chargées d’assurer les contrôles de compatibilité, la traçabilité des produits sanguins et le respect de la chaîne du froid.
En 2024, le CNTS a enregistré 69 503 dons de sang, selon les données du ministère de la Santé. Les transfusions répondent notamment aux besoins liés aux hémorragies pendant la grossesse ou l’accouchement et aux anémies sévères chez les enfants. Une vérification du Bureau du vérificateur général portant sur la gestion du CNTS entre janvier 2022 et septembre 2025 avait par ailleurs relevé plusieurs insuffisances dans l’organisation de la collecte et de la distribution du sang.
Les deux affaires signalées à Kayes font toutefois l’objet de procédures judiciaires distinctes.
Prudence AGBALETI