Quinze ans après la mort de Mouammar Kadhafi, la Libye reste divisée entre deux pouvoirs rivaux. Un accord électoral signé sous l’égide de l’ONU peine toutefois à s’imposer face aux blocages institutionnels.
Mouammar Kadhafi a été tué le 20 octobre 2011, après quarante ans de pouvoir, lors de la chute de Syrte. Quinze ans plus tard, la Libye n’a toujours ni constitution adoptée, ni institutions unifiées, ni élections nationales.
À l’ouest, le gouvernement d’union nationale d’Abdelhamid Dbeibah, installé à Tripoli, est reconnu par l’ONU. À l’est et dans une grande partie du sud, le maréchal Khalifa Haftar dirige un pouvoir militaire. Chaque camp s’appuie sur ses propres institutions : le Haut Conseil d’État à l’ouest, la Chambre des représentants à l’est. Les élections prévues le 24 décembre 2021 n’ont jamais eu lieu, et la transition reste bloquée depuis.
Un accord électoral encore fragile
L’ONU a présenté en août 2025 une feuille de route pour unifier les institutions et organiser des élections. Un accord signé au siège de la MANUL, à Tripoli, prévoit des élections sous deux ans, avec un exécutif unifié. Dbeibah y a vu une « étape importante » et Haftar une avancée sur des dossiers bloqués depuis des années.
La Chambre des représentants a approuvé le texte, mais le Haut Conseil d’État l’a rejeté, selon l’émissaire de l’ONU. Le 14 octobre, Hanna Tetteh a annoncé de nouvelles consultations pour étudier un mécanisme national alternatif. Elle a mis en garde contre les acteurs obstructionnistes, la Libye ne pouvant « se permettre » de nouveaux retards. Washington pousse aussi un plan de réunification, porté par son émissaire Massad Boulos, distinct de l’accord de l’ONU.
Une économie sous tension
L’économie reste fragile : l’inflation avoisine 14 %, selon l’envoyée de l’ONU, et le pouvoir d’achat s’érode. Les subventions aux carburants pèsent lourdement sur les finances publiques, et la contrebande aggrave cette charge, selon l’ONU. Des fermetures de champs pétroliers et d’oléoducs causent des pertes financières et menacent l’approvisionnement en énergie.
Une grande partie du pétrole vient de zones contrôlées par Haftar, mais les revenus sont gérés depuis Tripoli. Le partage des revenus pétroliers permet toutefois au système de fonctionner sans réunification politique complète.
Sécurité et justice : des progrès limités
Sur le plan sécuritaire, des responsables militaires de l’est et de l’ouest se consultent, ce que l’ONU a salué. Des tensions persistent toutefois dans l’ouest du pays, et le sud souffre de fortes disparités de services publics. À Benghazi, en reconstruction depuis trois ans, la ville s’ouvre peu à peu aux journalistes, toujours sous surveillance.
Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant, a été tué début février 2026, selon Amnesty International. Pour Amnesty, ce meurtre montre que la justice libyenne ne peut ou ne veut pas faire rendre des comptes. L’ONG dénonce une impunité systémique des milices et des groupes armés quinze ans après le soulèvement. L’ONU alerte aussi sur les discours hostiles visant les migrants, les réfugiés et les personnels humanitaires.
Un entre-deux qui dure
Selon des observateurs cités par l’ONU, la Libye reste dans un entre-deux instable, ni guerre ouverte ni véritable paix. Reste à savoir si l’accord électoral sortira du blocage, alors que le Haut Conseil d’État le rejette.
Prudence AGBALETI