Une Autrichienne et une Suissesse, enlevées en 2025 à Agadez, sont arrivées libres à Benghazi, dans l’est de la Libye. Leur libération renforce l’influence de Saddam Haftar, devenu un interlocuteur incontournable des dossiers d’otages au Sahel.
Eva Gretzmacher, 76 ans, Autrichienne, et Claudia Abbt, 69 ans, Suissesse, sont libres après plus de dix-huit mois. Elles ont atterri mercredi 21 octobre à Benghazi, sur un avion affrété par l’Armée nationale libyenne, parti de Sebha. La chaîne libyenne al-Masar TV a annoncé leur arrivée dans la nuit de mercredi à jeudi. Elle l’attribue à Saddam Haftar, commandant en chef adjoint, intervenu en réponse aux appels des familles.
Eva Gretzmacher avait été enlevée le 11 janvier 2025 à son domicile d’Agadez, au Niger. Claudia Abbt, mariée à un Nigérien, a été enlevée à son tour le 13 avril, dans la même ville. Selon la presse, elles ont été détenues dans la zone frontalière entre le Niger et le Mali. Ces enlèvements ont été attribués à l’État islamique au Sahel, sans revendication publique à l’époque, selon RFI.
Dans une vidéo diffusée par al-Masar, les deux femmes apparaissent amaigries, assises sous un portrait du maréchal Khalifa Haftar. Elles remercient en français le maréchal et son fils Saddam, qui ont obtenu leur libération. Eva Gretzmacher évoque une année et neuf mois d’otage, tandis que Claudia Abbt dit être « contente d’être libre ».
À ce stade, aucune source officielle consultée ne détaille les conditions de la libération ni une éventuelle rançon. En septembre, l’Autriche avait pourtant évoqué des « nouvelles encourageantes » sur ces otages, sans confirmer leur libération, selon Il Foglio.
Cette libération suit celle d’un missionnaire américain, Kevin Rideout, enlevé au Niger en octobre 2025 puis libéré en août. Deux militaires russes détenus au Mali ont aussi été libérés en août, après une médiation de Saddam Haftar. Selon The Libya Observer, une rançon aurait été versée pour les Russes, ce que Moscou n’a pas évoqué.
Pour des analystes cités par Il Foglio, Saddam Haftar est celui qui profite le plus de ces affaires. Ces analystes soulignent toutefois qu’on ignore quels groupes armés reçoivent finalement l’argent des Haftar dans la région. La junte nigérienne avait déjà remercié Saddam Haftar pour son rôle dans la libération de cinq otages nigériens. Washington s’intéresse aussi à ses réseaux, Saddam Haftar ayant rencontré le secrétaire d’État Marco Rubio en juin, selon Webdo.
La Libye reste divisée depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 entre deux exécutifs rivaux. À Tripoli, le gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah est reconnu par l’ONU, alors que l’Est dépend du clan Haftar. Reste à savoir si ce rôle de médiateur se traduira en reconnaissance diplomatique pour l’Est libyen.
Prudence AGBALETI