Le Burkina Faso prévoit de mobiliser 30 milliards de francs CFA entre 2026 et 2030 pour développer l’intelligence artificielle. La feuille de route gouvernementale vise notamment la formation de 500 experts, la création de 5 000 emplois spécialisés et le lancement de 23 solutions expérimentales.
Le gouvernement burkinabè entend accélérer le développement de l’intelligence artificielle (IA). Les grandes lignes de sa feuille de route nationale 2026-2030 ont été présentées vendredi 23 octobre par Yaya Traoré, secrétaire permanent chargé de l’innovation et des technologies numériques émergentes. Cette présentation s’est déroulée dans le cadre de la deuxième édition de « Le Faso Digital », une initiative du média Lefaso.net.
Le programme prévoit une enveloppe prévisionnelle de 30 milliards de francs CFA sur cinq ans. Il ambitionne de former au moins 500 experts et 140 leaders communautaires, tout en favorisant la création de 5 000 emplois spécialisés d’ici à 2030.
La feuille de route retient 23 projets expérimentaux destinés à tester des applications concrètes de l’intelligence artificielle. Les secteurs concernés comprennent notamment la santé, l’éducation, l’agriculture, la sécurité et la gouvernance publique.
Parmi les solutions envisagées figurent des outils de détection des discours haineux et des vidéos manipulées. D’autres applications pourraient repérer des anomalies dans les marchés publics ou assister les professionnels de santé dans le diagnostic médical.
Le programme prévoit également de développer des modèles capables de traiter les langues nationales. Une première phase concernera le mooré, le dioula et le fulfuldé, afin de mieux adapter les outils numériques aux réalités linguistiques du pays.
Le gouvernement souhaite aussi renforcer les infrastructures nationales d’hébergement et de traitement des données. La feuille de route fixe un objectif d’hébergement au Burkina Faso d’au moins 80 % des données concernées par le programme.
Le budget prévisionnel se répartit entre cinq domaines. Le développement et l’expérimentation des solutions d’IA recevraient 10,5 milliards de francs CFA. Les infrastructures souveraines et la préparation des données bénéficieraient chacune de 6 milliards.
La formation et le développement des compétences mobiliseraient 4,5 milliards de francs CFA. Les 3 milliards restants seraient consacrés à la gouvernance et à la coordination du programme.
Validée le 19 juin 2026 après dix mois de travaux, la feuille de route attend encore sa publication officielle, selon Yaya Traoré. Sa mise en œuvre doit se faire progressivement jusqu’en 2030.
Les autorités devront notamment surmonter les difficultés liées à la qualité des données, à la connectivité et à la disponibilité des infrastructures numériques. La mobilisation effective des financements constituera également un enjeu important.
À travers ce programme, le Burkina Faso veut faire de l’intelligence artificielle un levier de transformation économique et de souveraineté numérique. Les résultats dépendront toutefois du financement des projets, de leur déploiement et de leur capacité à répondre aux besoins de la population.
Prudence AGBALETI