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Liberté de la presse au Togo : progrès affichés, réalités contrastées

Le Togo enregistre une progression remarquable dans le classement mondial de la liberté de la presse publié le 30 avril par Reporters sans frontières (RSF). Le pays passe de la 121ᵉ place en 2025 à la 97ᵉ en 2026, soit un bond de 24 rangs. Une évolution significative qui le fait sortir de la catégorie « situation difficile » pour rejoindre celle dite « problématique ».

À première vue, cette amélioration traduit une dynamique positive du paysage médiatique togolais. Elle place le pays parmi les progressions les plus marquées en Afrique de l’Ouest, devant certains voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Tchad. Dans la région, la Gambie reste toutefois en tête, occupant la 46ᵉ place mondiale.

Mais au-delà des chiffres, la réalité du terrain appelle à nuancer cette performance. Si des efforts sont perceptibles, notamment en matière d’organisation du secteur ou d’accès à l’information, plusieurs professionnels des médias continuent de faire face à des contraintes structurelles. Pressions économiques sur les organes de presse, précarité des journalistes, autocensure ou encore cadre juridique parfois dissuasif : autant de facteurs qui limitent concrètement l’exercice libre du journalisme.

En pratique, l’amélioration du classement ne signifie pas nécessairement une transformation profonde des conditions de travail des journalistes. Dans de nombreux cas, l’accès aux sources officielles reste sensible, et certaines thématiques demeurent délicates à traiter sans risques. Ce décalage entre indicateurs internationaux et vécu quotidien est une réalité souvent observée dans plusieurs pays de la sous-région.

Cette progression intervient par ailleurs dans un contexte mondial préoccupant. Selon Reporters sans frontières, plus de la moitié des pays évalués (52,2 %) se trouvent dans des situations « difficiles » ou « très graves », avec un recul notable de l’indicateur légal dans de nombreux États.

Ainsi, pour le Togo, cette avancée constitue certes un signal encourageant, mais elle reste à consolider. Le véritable enjeu réside désormais dans la traduction de cette progression en améliorations tangibles : garantir la sécurité des journalistes, renforcer leur indépendance économique et assurer un environnement réellement favorable à la liberté de la presse.

En somme, si le classement 2026 envoie un message positif, il rappelle aussi que la liberté de la presse ne se mesure pas uniquement en rangs, mais surtout dans la réalité quotidienne de ceux qui la font vivre.

Prudence AGBALETI

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