La justice malienne a condamné le journaliste Chahana Takiou à douze mois de prison, dont six mois ferme. Cette décision, rendue par le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, ravive les inquiétudes des organisations de défense de la liberté de la presse.
Le journaliste malien Chahana Takiou a été condamné lundi à douze mois de prison, dont six mois ferme, par le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité.
Le parquet avait requis cette même peine lors de l’audience du 27 juillet. La défense réclamait une relaxe complète. Les avocats estimaient que les faits reprochés au journaliste n’étaient pas suffisamment établis pour justifier une condamnation.
Directeur de publication du bihebdomadaire « Le 22 Septembre », Chahana Takiou préside également le Groupement patronal de la presse. Il était poursuivi pour « atteinte au crédit de l’État à travers l’institution judiciaire », selon les autorités judiciaires maliennes.
Le journaliste est détenu à la Maison centrale d’arrêt de Bamako depuis son interpellation le 8 juin. Les poursuites trouvent leur origine dans une intervention prononcée au Forum panafricain des médias organisé à Bamako, du 3 au 6 juin.
Lors de cette rencontre, il avait dénoncé l’application de la loi sur la cybercriminalité aux professionnels des médias. Selon lui, les journalistes devraient être poursuivis exclusivement sur la base de la législation encadrant la presse. La diffusion de cette intervention sur les réseaux sociaux avait conduit à sa convocation devant les enquêteurs.
Le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité avait ensuite ordonné son placement sous mandat de dépôt.
Ses avocats avaient également sollicité une liberté provisoire pour des raisons médicales, sans obtenir gain de cause. Ils souhaitaient lui permettre de poursuivre un contrôle médical au Maroc après une intervention chirurgicale réalisée en 2023.
Cette condamnation intervient dans un contexte de tensions persistantes entre les autorités et plusieurs organisations professionnelles des médias.
Des organisations de défense de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes, ont dénoncé les poursuites. Elles estiment que les déclarations de Chahana Takiou relèvent du débat public et appellent au respect de la liberté d’expression.
Prudence AGBALETI