L’opposition sénégalaise réclame une date pour les élections locales, un scrutin qui pourrait mesurer le rapport de force entre le président Faye et son ex-mentor Ousmane Sonko.
L’opposition sénégalaise accentue la pression sur le président Bassirou Diomaye Faye pour qu’il fixe une date pour les élections locales. Ce scrutin pourrait devenir le premier vrai test électoral face à son ancien mentor, Ousmane Sonko.
En mai, M. Faye avait démis M. Sonko de ses fonctions de Premier ministre. Cette décision a provoqué une fracture au sein du camp présidentiel, avec l’émergence de factions rivales avant la présidentielle de 2029.
Depuis plusieurs semaines, Ousmane Sonko réclame la tenue des élections municipales et départementales dans les délais prévus. Il a depuis retrouvé les bancs du Parlement et préside désormais l’Assemblée nationale.
Lors d’un déplacement dans le nord du pays, M. Sonko s’en est pris publiquement au président. Il a appelé ses militants à lever la pression pour que M. Faye ait le courage de fixer une date.
Un calendrier électoral toujours incertain
Les mandats des élus municipaux et départementaux arrivent à échéance le 23 janvier 2027. Ce scrutin est perçu comme un premier test de popularité entre les deux anciens alliés, arrivés ensemble au pouvoir en 2024.
À l’époque, Ousmane Sonko, empêché de se présenter en raison d’une condamnation pour diffamation, avait soutenu la candidature de Bassirou Diomaye Faye. Ce dernier avait remporté l’élection.
Depuis leur rupture, le paysage politique sénégalais s’est transformé. Le Pastef, leur ancien parti commun, reste la principale force au Parlement mais traverse de fortes tensions internes.
À ce jour, le président Faye n’a toujours pas signé les décrets nécessaires au lancement du processus électoral. Ceux-ci concernent la date du scrutin et l’ouverture des inscriptions sur les listes électorales.
De nombreuses communes restent contrôlées par le parti de l’ancien président Macky Sall, au pouvoir de 2012 à 2024. La coalition d’opposition FDR s’est également prononcée contre tout report du scrutin.
Selon Mor Fall, maître de conférences en droit à l’université de Dakar, le Code électoral impose que le décret fixant la date soit publié au moins 80 jours avant le scrutin. Le décret devrait donc paraître début novembre pour respecter les délais.
Mais Aminata Touré, responsable du parti Kiiraay récemment créé par M. Faye, estime que le chef de l’État dispose de « toute l’année 2027 » pour organiser les élections. Cette interprétation s’appuie sur l’article 269 du Code électoral, qui autorise la tenue du scrutin durant la cinquième année du mandat.
En juillet, le président a officiellement rompu avec le Pastef en lançant son propre mouvement, Kiiraay — Les Patriotes républicains. Le nom signifie « protection » ou « bouclier » en wolof.
Un président « en difficulté »
Bassirou Diomaye Faye doit largement son accession à la présidence à Ousmane Sonko, qui aurait probablement été candidat en 2024 s’il avait pu se présenter.
Pour l’analyste politique Pathe Mbodj, le président pourrait être tenté de temporiser tant que son avenir politique reste incertain. Il évoque une situation « hybride » où le chef de l’État ne dispose pas de tous les pouvoirs.
Une défaite aux élections locales face au camp de Sonko pourrait fragiliser M. Faye bien avant 2029, selon cet analyste. Il estime que le président pourrait privilégier un report plutôt qu’une date fixée en janvier. Tout report des élections nécessiterait toutefois l’adoption d’une loi par le Parlement, rappelle M. Fall.
L’incertitude est renforcée par les déclarations du ministre du Commerce, Serigne Gueye Diop. Il a évoqué la possibilité d’une dissolution du Parlement en décembre, suivie de législatives anticipées.
Des médias locaux rapportent également que M. Faye aurait sollicité l’avis du Conseil constitutionnel. L’objectif serait d’organiser simultanément les locales et les législatives en 2027.
Prudence AGBALETI