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Afrique du Sud : à Durban, la traque aux migrants tourne à l’affrontement

Une manifestation du mouvement anti-immigration « March and March » a dégénéré jeudi à Durban, faisant plusieurs blessés des deux côtés. Les affrontements ont éclaté près d’un campement de réfugiés congolais installé depuis treize semaines devant les bureaux du ministère de l’Intérieur.

Une manifestation contre les migrants sans papiers a dégénéré, jeudi 3 septembre 2026, à Durban, dans l’est de l’Afrique du Sud. Environ cent membres du mouvement anti-immigration clandestine « March and March », mené par Jacinta Ngobese-Zuma, ont participé à une marche présentée comme une « campagne de nettoyage » visant un campement installé rue Che Guevara, dans le quartier d’Umbilo, devant les bureaux du ministère de l’Intérieur (Home Affairs).

Le site accueille depuis environ treize semaines plusieurs centaines de ressortissants étrangers, principalement originaires de la République démocratique du Congo, mais aussi du Burundi et du Rwanda. Les occupants avaient trouvé refuge à cet endroit après avoir fui, vers fin juin, des violences et intimidations visant les étrangers ailleurs dans la ville. Un ressortissant étranger vivant dans ce campement serait décédé trois jours avant les heurts, après l’échec de son traitement contre la tuberculose, en raison des conditions de vie sur place.

Les forces de sécurité ont indiqué qu’un ressortissant étranger avait été arrêté après qu’une pierre lancée lors des affrontements a touché un policier. Selon la police, des jets de pierres ont éclaté entre les deux groupes une fois la confrontation engagée. Des sources locales font état d’au moins cinq personnes hospitalisées et de trois arrestations au total. Un responsable communautaire congolais, l’évêque Raphael, affirme que cinq Congolais, dont deux enfants, ont été blessés. La dirigeante de March and March, Jacinta Ngobese-Zuma, affirme de son côté qu’une dizaine de membres de son mouvement ont également été blessés.

Les occupants du campement affirment être des demandeurs de protection, ayant fui les violences visant les étrangers en Afrique du Sud. « Nous ne commettons aucun crime en étant ici », a déclaré l’évêque Raphael, dénonçant une attaque injustifiée. Selon plusieurs témoins, des manifestants munis de bâtons auraient tenté de s’approcher du campement avant que la police n’intervienne pour séparer les deux groupes, à l’aide de grenades assourdissantes, de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc.

Durban est devenue l’un des principaux foyers de mobilisation contre les migrants en situation irrégulière depuis que des groupes comme March and March ont fixé, fin juin, un ultimatum aux étrangers sans papiers pour quitter le pays. Cette campagne a provoqué une vague de violences dans plusieurs régions. Selon la police sud-africaine, au moins quatre ressortissants étrangers ont été tués dans ces affrontements, et des dizaines de milliers de personnes auraient quitté l’Afrique du Sud selon l’agence France-Presse. Des organisations de défense des droits ont réclamé l’arrestation et la poursuite des dirigeants des mouvements anti-migrants, dont Jacinta Ngobese-Zuma.

La question migratoire reste l’un des sujets les plus sensibles en Afrique du Sud, un pays qui accueille des millions de travailleurs et de réfugiés venus de différents États africains. Entre lutte contre l’immigration irrégulière et inquiétudes face aux violences xénophobes, les autorités sont confrontées à un défi majeur : restaurer le calme tout en répondant aux frustrations d’une partie de la population.

Prudence AGBALETI

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