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Tchad : un sénateur exclu du foot pour huit ans

La Fédération tchadienne de football a suspendu pour huit (8) ans le sénateur Foullah Ibrahim Wang Laouna. La sanction, prononcée le 3 septembre 2026, fait suite à des accusations de corruption formulées par le sénateur contre la fédération.

La Commission d’éthique et de discipline de la Fédération tchadienne de football association (FTFA) a rendu sa décision le 3 septembre 2026. Elle a infligé une suspension ferme de huit (8) ans à Foullah Ibrahim Wang Laouna, sénateur de la République. La sanction lui interdit toute activité liée au football et s’accompagne d’une amende d’un million de francs CFA.

Cette décision fait suite à des propos tenus par le sénateur le 29 juin 2026 au Sénat. Il interpellait alors le ministre de la Jeunesse et des Sports en séance publique. Le sénateur avait accusé la FTFA d’avoir promis « cinq (5) milliards » de francs CFA à un certain Idriss Youssouf Boy. Cette somme aurait servi, selon lui, à faciliter l’accession de Tahir Oloy Hassan à la présidence de la fédération.

Ces déclarations, retransmises en direct, ont rapidement provoqué la réaction des dirigeants du football tchadien. La Commission d’éthique a demandé au sénateur de produire des preuves à l’appui de ses accusations. Il a refusé, invoquant son immunité parlementaire.

Lors de l’audience du 3 septembre, le sénateur était représenté par son avocat. Sa défense a contesté sa qualité de président du club Foullah Édifice. Selon elle, ce club est une société dirigée par une gérante depuis 2022, et non par le sénateur lui-même. La Commission n’a toutefois pas retenu cet argument.

Dans sa décision, la Commission reconnaît que la liberté de ton est garantie au Sénat. Elle estime toutefois que cette liberté ne dispense pas un dirigeant de club de respecter le Code d’éthique de la fédération. Faute de preuves, les propos du sénateur ont été jugés diffamatoires. Ils violent, selon la Commission, les articles 13, 14 et 15 de ce code. Le fort retentissement médiatique de l’affaire a été retenu comme circonstance aggravante.

Cette sanction a immédiatement suscité de vives réactions au Sénat. Le sénateur Abderaman Koumallah a défendu le principe de l’immunité parlementaire sur les réseaux sociaux. Le secrétaire général du Sénat, Abdallah Chidi Djorkodei, a qualifié la sanction de « juridiquement nulle ». Plusieurs sources citent, sur ce point, l’article 118 de la Constitution tchadienne, qui protège les parlementaires dans l’exercice de leurs fonctions.

Le juriste sportif Adjib Koulamallah, ancien membre de la Commission d’éthique de la CAF, a lui aussi dénoncé la décision. Il la qualifie de « scandaleuse » et appelle le Sénat à réagir fermement. Selon lui, le sénateur agissait dans le cadre légitime d’un contrôle parlementaire, et non comme dirigeant de club.

Foullah Ibrahim Wang Laouna n’entend pas rester silencieux face à cette sanction. Il a fait délivrer une sommation à la fédération, par voie d’huissier. Il y dénonce une incompatibilité de fonctions visant le président de la FTFA, Tahir Oloy Hassan. Selon lui, celui-ci cumule cette présidence avec le poste de rapporteur général de l’Agence nationale de gestion des élections depuis mars 2025. Il demande que ce cumul entraîne sa démission d’office.

Cette affaire révèle la profondeur des tensions entre le sénateur et l’actuelle direction de la FTFA. Candidat rejeté lors des dernières élections fédérales, Foullah se retrouve au cœur d’un bras de fer institutionnel. Le conflit oppose les prérogatives disciplinaires d’une fédération sportive aux garanties constitutionnelles du mandat parlementaire.

Prudence AGBALETI

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