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Mali : quand l’IA s’invite dans la guerre de l’information

Au Mali, l’intelligence artificielle générative devient un nouveau front du conflit. Une étude du Timbuktu Institute, publiée mercredi, montre que jihadistes, séparatistes et forces russes l’utilisent chacun à leur manière pour peser sur l’opinion.

Le Timbuktu Institute, un centre de recherche basé à Dakar, a publié mercredi 9 septembre 2026 une étude intitulée « Des algorithmes en guerre ». Le document analyse l’usage croissant de l’intelligence artificielle générative dans le conflit malien. Selon ses auteurs, cette technologie devient un nouveau front de la guerre de l’information.

« L’intelligence artificielle générative devient un nouveau front dans cette guerre de l’information au Mali », a déclaré Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, à RFI. Il enseigne également à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, au Sénégal. Selon lui, chaque acteur adopte l’outil selon ses ressources et ses objectifs propres. L’IA générative ne crée pas de nouvelles divisions au Mali, mais amplifie celles qui existent déjà.

Les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), liés à Al-Qaïda, restent les plus limités dans leur usage. Leur branche médiatique Az-Zallaqa a diffusé, en juin 2026, des affiches générées par IA. Ces visuels annonçaient des vidéos bien réelles, tournées lors des attaques du 25 avril 2026. Ces attaques avaient coûté la vie au ministre de la Défense, le général Sadio Camara. Elles avaient aussi chassé l’armée malienne et ses partenaires russes de la ville de Kidal.

Les chercheurs estiment que le JNIM reste dans une phase d’expérimentation limitée. Ils anticipent toutefois un usage futur plus large, notamment pour la traduction de messages de propagande. Une automatisation de ce type permettrait de produire des contenus en une quinzaine de langues sahéliennes, dont le peul, le bambara et le tamasheq.

Le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste touareg, utilise l’IA d’une autre manière. Des comptes non officiels, liés à ses membres ou soutiens, diffusent des personnages entièrement générés par IA sur les réseaux sociaux. Le Timbuktu Institute a ainsi identifié « Azzghim », un combattant touareg présenté comme réel sur plusieurs comptes. Ce personnage, aux propos virulents contre l’Africa Corps russe, s’est révélé être une pure création numérique. Ces personnages artificiels servent à humaniser la cause et à faciliter le recrutement, selon les auteurs de l’étude.

C’est toutefois la Russie, via l’Africa Corps, qui ferait l’usage le plus sophistiqué de cette technologie. L’étude souligne que ce dispositif dispose des ressources et de l’expertise nécessaires. Il peut ainsi combiner contenus générés par IA, faux comptes et stratégies de diffusion coordonnées. Les chercheurs rappellent qu’en 2024, Meta et OpenAI avaient déjà identifié une opération russe de ce type. Elle utilisait des modèles d’IA pour produire des commentaires et des articles destinés à l’Afrique subsaharienne.

Prudence AGBALETI

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