A LA UNE NIGERIA Politique

Présidentielle 2027 au Nigéria : Peter Obi promet de traquer le gaspillage

Le candidat d’opposition Peter Obi veut faire de la lutte anti-corruption le socle de sa campagne pour la présidentielle nigériane de janvier 2027. Il estime que réduire le train de vie de l’État libérerait des ressources pour la santé et l’éducation.

Peter Obi, candidat du Congrès démocratique du Nigeria (NDC), a accordé un entretien exclusif à l’AFP mardi soir à Abuja. Il y a exposé ses priorités pour la présidentielle de janvier 2027. La campagne se joue sur deux thèmes dominants : l’économie et l’insécurité.

« Nous devons réduire le coût de la gouvernance », a déclaré le candidat, âgé de 65 ans. Il dénonce un gaspillage des deniers publics qu’il juge inacceptable. Il appelle à combattre énergiquement la corruption dans les institutions de l’État. Selon lui, ces économies permettraient de financer la santé et l’éducation.

L’ancien gouverneur de l’État d’Anambra établit un lien direct entre pauvreté et insécurité. « Plus on sort les gens de la pauvreté, plus on réduit la criminalité », a-t-il affirmé. Il plaide pour une hausse de la production industrielle et la création d’emplois. Le secteur manufacturier ne pesait plus que 8 % du PIB en 2025, selon la Banque mondiale. Il en représentait 21 % en 1994.

Le pays fait face à de multiples menaces sécuritaires. Des groupes jihadistes, des gangs criminels et des mouvements séparatistes y opèrent. Des affrontements opposent aussi régulièrement agriculteurs et éleveurs dans plusieurs régions. Obi, figure populaire auprès de la jeunesse depuis 2023, lie étroitement sécurité et économie.

Sur le plan sécuritaire, le candidat soutient une réforme institutionnelle majeure. Il propose la création de forces de police au niveau des États et des municipalités. Cette réforme rapprocherait, selon lui, le maintien de l’ordre des populations locales. Sur ce point précis, sa position rejoint celle du président sortant Bola Tinubu.

Le Nigeria reste confronté à une forte dégradation du pouvoir d’achat. Cette crise a suivi la suppression de la subvention sur l’essence par le gouvernement Tinubu. Le président défend cette réforme, jugeant l’ancien système financièrement insoutenable. Obi estime, lui, qu’une meilleure lutte contre la corruption pétrolière pourrait faire baisser les prix. Selon le FMI, 63 % des Nigérians vivent sous le seuil de pauvreté.

La candidature d’Obi s’inscrit dans un rapport de forces difficile. Le parti au pouvoir, l’APC, contrôle 31 des 36 postes de gouverneur. Sa formation, le NDC, dispose d’une implantation politique nettement plus faible.

L’opposition risque en outre de se retrouver à nouveau divisée en 2027. En 2023, Obi, Atiku Abubakar et Rabiu Kwankwaso s’étaient partagé les voix hostiles au pouvoir. Cette division avait permis à Bola Tinubu de l’emporter avec 36,6 % des suffrages. Obi refuse toutefois de se voir en simple trouble-fête. Il estime que les électeurs doivent pouvoir « décider lequel d’entre nous trois est le mieux à même de servir le pays ». La participation n’avait atteint que 27 % lors du dernier scrutin.

Le candidat s’inquiète aussi des conditions de la campagne à venir. Son convoi a été bloqué mardi sur une route de l’État de Benue, région régulièrement touchée par les violences. Pour lui, cet incident illustre les obstacles à des élections libres et crédibles. « Les gens ne se déplacent pas quand règnent la délinquance et les mauvais comportements », a-t-il déclaré.

Prudence AGBALETI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

X