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Côte d’Ivoire : Katinan Koné, l’opposition unie pour sa libération

L’incarcération de Justin Katinan Koné, 4e vice-président du PPA-CI, provoque une onde de choc dans l’opposition ivoirienne. Danielle Boni-Claverie, Ahoua Don Mello, Guillaume Soro et son avocate dénoncent tous une instrumentalisation de la justice.

Tout a commencé le jeudi 3 septembre 2026. Justin Katinan Koné animait ce jour-là la 52e tribune du PPA-CI, au siège du parti à Cocody. Il y mettait en cause la responsabilité du pouvoir dans l’expansion de l’orpaillage clandestin.

Le lundi 7 septembre, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir, a saisi le procureur de la République. Il reprochait à Katinan Koné des faits de diffamation, d’injure et de diffusion de fausses nouvelles. Convoqué le 9 septembre, il a été entendu par les enquêteurs sans être autorisé à rentrer chez lui.

L’affaire a ensuite pris une tout autre tournure. Le procureur a fait interroger Katinan Koné sur sa participation présumée aux troubles de la période électorale de 2025. Le parquet s’appuie sur ses avertissements du 24 octobre 2025, promettant que les violences électorales ne resteraient pas impunies.

À l’issue de sa garde à vue, les charges se sont considérablement alourdies. Une information judiciaire a été ouverte, assortie d’un mandat de dépôt, le vendredi 11 septembre. Justin Katinan Koné est désormais poursuivi pour actes terroristes, attentat et complot contre l’autorité de l’État. Il lui est aussi reproché une participation à un mouvement insurrectionnel et l’organisation de manifestations interdites.

Face à ce que beaucoup qualifient de dérive autoritaire, les réactions se sont multipliées. Danielle Boni-Claverie, présidente de l’URD, a publié une note intitulée « Trop, c’est trop ! ». « Cette arrestation nourrit notre inquiétude, nous qui sommes attachés à l’État de droit », a-t-elle déclaré. Elle a dénoncé une confrontation systématique qui prend le pas sur le débat politique.

L’opposant Ahoua Don Mello a dénoncé un « engrenage judiciaire cynique ». Il estime que Katinan Koné s’est retrouvé piégé pour avoir simplement dénoncé les failles de l’État sur l’orpaillage clandestin. « Une simple plainte civile en diffamation s’est brusquement métamorphosée en de lourdes accusations pénales », a-t-il affirmé. Il y voit un « traquenard évident », destiné selon lui à neutraliser les voix critiques de l’opposition.

Le parti de Guillaume Soro, Générations et Peuples Solidaires, a également réagi lundi 14 septembre. Il a réclamé la libération immédiate de Katinan Koné. Le parti établit un lien entre cette affaire et la période postélectorale d’octobre 2025, évoquant plus d’un millier d’arrestations et plusieurs dizaines de morts.

L’avocate Habiba Touré a dénoncé, le même jour, une « justice à deux vitesses ». Elle a adressé un message de soutien à Katinan Koné et aux militants du PPA-CI, tout en excluant tout appel à la vengeance. L’avocat Hervé Gouaméné a de son côté jugé que l’enjeu de cette affaire est « plus politique que judiciaire ». Il s’est interrogé sur le fait que Katinan Koné n’ait jamais été inquiété entre octobre 2025 et septembre 2026, si les faits reprochés étaient réellement aussi graves.

Michel Gbagbo, cadre du PPA-CI, a relayé l’information sur Facebook. Il lie explicitement l’arrestation de son camarade à ses prises de position contre l’orpaillage clandestin. Ni le RHDP ni le gouvernement n’ont, à ce stade, réagi publiquement à ces critiques.

Prudence AGBALETI

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