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Ouganda : la crise autour d’un blogueur brise les liens avec Ankara

L’Ouganda a suspendu, avec effet immédiat, sa coopération militaire avec la Turquie. Le fils du président Museveni exige l’extradition d’un blogueur critique, et a même qualifié de « crime » toute défense publique de la Turquie en Ouganda.

L’armée ougandaise a annoncé, le 19 septembre 2026, la suspension immédiate de sa coopération militaire avec la Turquie. « Les Forces de défense du peuple ougandais ont suspendu, avec effet immédiat, toute coopération de défense et militaire avec la République de Türkiye », a déclaré le porte-parole de l’armée, le colonel Chris Magezi. La mesure restera en vigueur jusqu’au règlement de « questions en suspens », sans que leur nature soit précisée.

Au cœur du différend figure Fred Kajubi Lumbuye, blogueur et commentateur politique critique du président Yoweri Museveni. Il réside en Turquie depuis plusieurs années et y aurait demandé l’asile. Les autorités ougandaises avaient ouvert quinze (15) dossiers judiciaires contre lui dès 2021, notamment pour incitation à la violence, diffusion de fausses informations et usage abusif de systèmes informatiques.

Le chef de l’armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Museveni et considéré comme son successeur probable, réclame depuis plusieurs mois l’extradition de Lumbuye. Il a relayé le communiqué de suspension sur le réseau social X. Peu avant cette annonce, il avait déclaré : « Être un apologiste de la Turquie en Ouganda est un crime. Nous allons commencer à arrêter quiconque parle pour ce pays. »

La crise a pris une nouvelle dimension vendredi 18 septembre. Des membres de la Patriotic League of Uganda (PLU), groupe de pression présidé par Muhoozi Kainerugaba, ont manifesté devant l’ambassade de Turquie à Kampala. L’ambassade a refusé de recevoir leur pétition, les invitant à emprunter les voies diplomatiques. Le secrétaire général de la PLU, Fadil Twalla, a averti qu’à défaut de réponse turque, son organisation encerclerait l’ambassade pour en provoquer la fermeture.

Cette escalade suscite des inquiétudes sur le plan constitutionnel. L’avocate et activiste Anne Mugisha a mis en doute la légalité de la mesure. Elle a cité l’article 208, alinéa 2, de la Constitution ougandaise, qui encadre strictement le rôle de l’armée. Elle s’interroge sur la proportionnalité d’une telle décision pour le seul cas d’un opposant.

Cette suspension intervient dans un contexte de durcissement du cadre légal ougandais. Le président Museveni a signé, le 17 mai 2026, une loi dite de « Protection de la souveraineté », qui qualifie d’agents étrangers certains acteurs jugés hostiles à l’État.

Les deux pays entretiennent depuis près d’une décennie une coopération étroite dans le domaine de la défense. Elle porte notamment sur la formation militaire, les équipements, la surveillance et la lutte contre le terrorisme. Kampala avait auparavant menacé d’annuler un contrat d’environ 3 milliards de dollars attribué au groupe turc Yapi Merkezi, pour la construction d’une ligne ferroviaire à écartement standard.

Prudence AGBALETI

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