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Maroc : la jeunesse boude les urnes malgré les promesses

À la veille des élections législatives marocaines du 23 septembre, une partie de la jeunesse affiche son scepticisme. Une enquête Afrobarometer révèle que seul un tiers des jeunes Marocains fait confiance au Parlement ou aux partis politiques.

Après plus de dix jours de campagne, une partie des électeurs marocains reste sceptique face aux partis politiques. Près de 15,8 millions d’électeurs sont inscrits pour ce scrutin du 23 septembre 2026. Ils devront départager 7 288 candidatures pour les 395 sièges de la Chambre des représentants. Au total, 28 partis, dont une alliance créée pour cette élection, ainsi que deux listes de candidats indépendants, sont en lice.

Dans les rues, certains électeurs dénoncent des promesses qui, selon eux, ne se traduisent pas assez dans leur quotidien. Youssef Guennoun, fleuriste, estime que les partis ne sont pas suffisamment au service des citoyens.

Il critique leur dépendance aux financements publics et appelle à davantage de règles sur leur représentativité. « Les promesses électorales ne sont que des paroles en l’air », résume de son côté Haitham Atifi, 20 ans, qui n’ira pas voter mercredi.

Une enquête Afrobarometer, publiée en mars 2026, mesure l’ampleur de cette défiance. Seuls 37 % des Marocains âgés de 18 à 35 ans déclarent faire confiance au Parlement. Ils ne sont que 33 % à faire confiance au chef du gouvernement, et autant aux partis politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.

L’étude relève aussi une participation politique traditionnelle plus faible chez les jeunes, mais une présence plus forte dans les manifestations et sur les réseaux sociaux.

Ces élections interviennent près d’un an après les manifestations de la Génération Z 212. Ce mouvement avait réclamé de meilleurs services publics, notamment dans la santé et l’éducation, ainsi que davantage d’opportunités pour les jeunes. Cet été, une importante tentative de passage collectif vers Ceuta a de nouveau mis en lumière ce malaise social, selon des analystes cités par Reuters.

Le taux de chômage des 15-24 ans a légèrement augmenté en 2025, passant de 36,7 % à 37,2 %, contre 13 % pour l’ensemble de la population active. Les jeunes restent pourtant de plus en plus sous-représentés dans le corps électoral : la part des 18-24 ans parmi les inscrits est tombée de 8 % à 4 % ces dernières années, selon des observateurs accrédités.

Dans la dernière ligne droite de la campagne, les principales formations ont concentré leurs déplacements sur les régions intérieures. Fouzi Lekjaa a enchaîné les meetings à Ouarzazate et Tiznit pour le Parti authenticité et modernité, défendant le soutien aux veuves et les priorités destinées aux jeunes. Aziz Akhannouch a tenu meeting à Tétouan, fixant le cap d’un nouveau mandat 2026-2031 pour le Rassemblement national des indépendants. Nabil Benabdallah a dénoncé un gouvernement de conflits d’intérêts et appelé à un vote sanction.

Pour Mohammed Benhamou, président de l’Institut marocain des études stratégiques, cette évolution de la société impose aux partis de revoir leur manière d’agir. « Ils doivent changer leur culture, leurs méthodes et leur approche, mais aussi évoluer en tant qu’élites », explique-t-il. Selon lui, l’enjeu ne consiste plus seulement à élaborer de nouvelles stratégies, mais à mettre en œuvre celles qui existent déjà.

Le scrutin de mercredi permettra de mesurer la capacité des partis à mobiliser un électorat jeune. La défiance à l’égard de la classe politique reste un enjeu majeur de cette campagne.

Prudence AGBALETI

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