Salva Kiir a dissous, mardi, le gouvernement de transition du Soudan du Sud, ainsi que le Parlement et les assemblées locales. Son rival Riek Machar et les quatre vice-présidents ont été démis de leurs fonctions, alors que des analystes redoutent un pouvoir désormais sans contrepoids pour Kiir.
Le président Salva Kiir a annoncé, mardi 22 septembre 2026, la dissolution du gouvernement de transition du Soudan du Sud. « C’est aujourd’hui, en cette date du 22 septembre 2026, que je veux vous annoncer que le gouvernement sera dissous, conformément aux exigences légales encadrant la tenue de toute élection », a-t-il déclaré lors d’une réunion élargie de la présidence à Juba.
L’annonce va bien au-delà de la seule dissolution du gouvernement. Selon un décret présidentiel lu par la télévision publique, Riek Machar, premier vice-président actuellement jugé pour trahison et crimes contre l’humanité, a été démis de ses fonctions. Les trois autres vice-présidents ont également été écartés. L’Assemblée nationale législative de transition et les assemblées des États ont, elles aussi, été dissoutes.
Le pouvoir judiciaire et les institutions de sécurité restent en place. Salva Kiir, lui, conservera la présidence tout au long de la période électorale, jusqu’à la prestation de serment du futur président élu. Une administration intérimaire, dont la composition n’a pas encore été rendue publique, doit être nommée dans les prochaines heures.
Cette dissolution fait suite à l’adoption, la veille, d’amendements à la loi électorale. Ces changements suppriment l’obligation d’achever une Constitution permanente et un recensement national avant la tenue du scrutin. Ils permettent aussi à Salva Kiir de rester au pouvoir durant la période électorale, tout en écartant les vice-présidents issus de l’accord de paix de 2018.
Ces amendements suscitent une vive controverse. Selon des analystes cités par l’AFP, ces changements de dernière minute confèrent à Salva Kiir un contrôle total sur la transition. La principale alliance d’opposition a rejeté ces modifications. Le gouvernement n’a par ailleurs mis en œuvre presque aucune des conditions préalables prévues par l’accord de paix de 2018 : aucun électeur n’a encore été enregistré, les armées rivales n’ont pas été unifiées, et la Constitution promise n’a jamais vu le jour.
Selon Salva Kiir, la Commission électorale nationale dispose désormais d’un siège et de bureaux dans tous les États du pays. Il a indiqué que l’éducation civique était en cours, que les centres d’inscription des électeurs avaient été évalués à l’échelle nationale, et que l’enregistrement des électeurs devrait bientôt débuter. Trente-neuf partis politiques sont à ce stade enregistrés pour ce scrutin.
Le scrutin du 22 décembre 2026 serait la toute première élection générale organisée au Soudan du Sud depuis son indépendance en 2011. Les élections, déjà reportées à deux reprises, devaient initialement se tenir en 2022. Un important dispositif de sécurité a été déployé dans le pays le jour de cette annonce.
Prudence AGBALETI