Le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête des législatives marocaines de mercredi, avec 97 sièges sur 395. Le scrutin a été marqué par une participation de 38,08 %, la plus faible depuis près de vingt ans.
Le Parti authenticité et modernité (PAM), membre de l’actuelle coalition gouvernementale, est arrivé en tête des législatives marocaines de mercredi 23 septembre 2026. Il remporte 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants, selon les résultats provisoires annoncés à l’aube jeudi par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit. Le PAM ne dispose toutefois pas, à lui seul, de la majorité absolue, fixée à 198 sièges.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI), dont est issu l’actuel chef de gouvernement Aziz Akhannouch, arrive deuxième avec 66 sièges. Il perd 36 sièges par rapport aux législatives de 2021, où il en avait remporté 102. Le Parti de l’Istiqlal, également présent dans l’actuelle coalition, est troisième avec 65 sièges, contre 81 en 2021.
Dans l’opposition, le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) réalise la remontée la plus marquante du scrutin. Il quadruple son nombre de sièges, passant de 13 à 54. Le parti a notamment fait campagne sur la lutte contre la corruption.
Plusieurs autres formations complètent l’hémicycle : le Mouvement populaire (29 sièges), l’Union socialiste des forces populaires (26), le Parti du progrès et du socialisme (19), l’Union constitutionnelle (17), le Mouvement démocratique et social (8) et l’Alliance de la gauche (8). Le Front des forces démocratiques, le Parti de l’équité, le Parti des néo-démocrates et le Parti de l’unité et de la démocratie se partagent les derniers sièges.
Le taux de participation a été de 38,08 %, le plus faible depuis presque vingt (20) ans. Il marque un net recul par rapport aux 50,18 % enregistrés lors du triple scrutin communal, régional et législatif de 2021. Cette abstention s’inscrit sur fond de défiance envers la classe politique et d’inquiétudes autour du chômage et des inégalités.
Le scrutin s’est tenu moins de deux mois après la crise migratoire de Ceuta, qui avait exposé au grand jour le manque de perspectives d’une partie de la jeunesse. Le royaume affiche pourtant une croissance soutenue et multiplie les grands chantiers en vue du Mondial 2030, organisé avec l’Espagne et le Portugal.
« Le pari du Mondial 2030 est coûteux », explique la chercheuse indépendante Lamia Elfehaim sur le site d’Arab Reform Initiative. Les sommes investies pour cet événement sont jugées, selon elle, « par une partie de la population en décalage avec les priorités socio-territoriales du royaume : les services publics défaillants, l’enclavement rural (…), le chômage élevé ».
Si la crise de Ceuta n’a pas été au cœur de la campagne, les raisons qui l’ont sous-tendue ont irrigué les débats. « Je ne vais pas voter car j’ai perdu toute confiance dans la classe politique », a déclaré à l’AFP, à Rabat, Majda Bakatir, 59 ans. Elle regrette que les politiques ne se soucient pas assez de la santé, de l’éducation et du pouvoir d’achat. Karim Ennaciri, 55 ans, juge au contraire que ce processus électoral permettra de savoir s’il existe un renouveau au sein des partis.
Le futur chef du gouvernement sera issu du PAM, parti arrivé en tête. Il sera nommé par le roi Mohammed VI et chargé de former un exécutif de coalition pour cinq ans, les grandes orientations des secteurs stratégiques restant l’apanage du monarque. Le PAM a été fondé en 2008 par l’actuel conseiller du roi, Fouad Ali El Himma, dans l’objectif de constituer un contrepoids aux islamistes. Il s’en était retiré durant le Printemps arabe, alors qu’il était accusé de chercher à asseoir l’hégémonie du parti sur la vie politique marocaine.
Le parti a promis, pendant la campagne, une croissance moyenne de 5 % par an, une inflation maintenue à 2 % et la création d’au moins un million d’emplois durant son mandat. Il a rallié une figure populaire, le ministre chargé du Budget Fouzi Lekjaa, jusqu’ici davantage connu pour son rôle à la tête de la Fédération royale marocaine de football. En l’absence de leader affiché, l’autre visage du PAM est Fatima Ezzahra Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire et maire de Marrakech, pressentie par la presse locale pour devenir la première cheffe de gouvernement de l’histoire du pays.
Malgré son retrait de la direction du RNI, le chef du gouvernement sortant Aziz Akhannouch s’est évertué à défendre son bilan, malgré des accusations de conflits d’intérêts en lien avec sa société Afriquia, leader de la distribution d’hydrocarbures au Maroc.
Prudence AGBALETI