Un an après la chute d’Andry Rajoelina, les militants de la « Gen Z » malgache dénoncent une trahison du nouveau pouvoir. Ils l’accusent de reprendre les méthodes répressives de l’ancien régime, qu’ils avaient pourtant contribué à renverser.
Le mouvement de contestation malgache avait débuté le 25 septembre 2025, porté par de jeunes militants dénonçant les coupures chroniques d’eau et d’électricité. La mobilisation avait précipité la fuite du président Andry Rajoelina, après le ralliement de militaires du Capsat, une unité de l’armée. Le colonel Michael Randrianirina, commandant du Capsat, avait alors été investi président de la Transition le 17 octobre 2025. Ce mouvement de contestation avait fait au moins 22 morts, notamment lors d’une répression gouvernementale.
« C’était vraiment à la fois de la joie et du soulagement », se souvient Herizo Andriamanantena, 30 ans, ingénieur agronome de formation et figure du mouvement. Mais, poursuit-il, « après, il y a eu des petits changements par-ci par-là ».
En avril, Herizo Andriamanantena et cinq autres militants ont été arrêtés après un appel à manifester contre la lenteur de la « refondation ». « Nous avons été accusés de mettre en danger la sûreté de l’État, d’être en contact avec des gens qui préparaient un autre coup d’État », a-t-il expliqué. Il a passé treize jours en garde à vue. « Tu es dans une petite cellule avec une vingtaine de prisonniers, de délinquants, d’assassins. Et là, tu te dis que tu as milité pour le pays mais qu’on te considère comme un criminel », raconte-t-il.
Nomena Ratsihorimanana, 36 ans, qui travaillait pour l’Observatoire national des droits humains à Madagascar jusqu’à son arrestation, décrit une interpellation particulièrement violente. « Pendant une heure, on nous a vraiment malmenés, on nous a frappés de partout. Ils nous ont même mis une arme dans la bouche et nous ont menacés de mort », raconte-t-il. Il sera libéré après cinq jours de détention.
Pour leur avocat, Me Maromanana Aliarivelo, l’accusation d’atteinte à la sûreté de l’État reste « l’outil par excellence, depuis belle lurette, des gens au pouvoir à Madagascar », toujours « une manière de dire : taisez-vous ».
« C’est une trahison », estime de son côté Felana Andriatahina, 32 ans, militante et entrepreneuse dans l’éco-construction. Elle faisait partie du collectif d’Herizo qui animait la page Facebook coordonnant les manifestations de septembre et octobre 2025. Cette page, suivie par environ 200 000 abonnés au plus fort de la révolte, avait été piratée puis supprimée peu avant le ralliement des militaires au mouvement — une circonstance restée à ce jour inexpliquée. Elle s’appelait « Gen Z Madagascar », en référence au mouvement qui avait fait tomber, quelques semaines plus tôt, le gouvernement du Népal.
« Comment ils pensent légitimer ça ? C’est grâce à notre descente dans la rue (…) s’ils sont au pouvoir aujourd’hui », dénonce Felana Andriatahina.
Le mouvement reste toutefois divisé. « Les dissensions au sein du mouvement même sont terribles », constate la politologue Ketakandriana Rafitoson, qui dit ne plus savoir « combien de sous-mouvements il y a, qui sont les vrais Gen Z, les faux ».
À l’approche des commémorations du premier anniversaire de la mobilisation, Herizo Andriamanantena appelle les Malgaches à réfléchir à la direction prise par le pays. « Le moment est venu de se pencher sérieusement sur la direction que prend le pays, d’arrêter de suivre une seule personne et de se tourner plutôt vers des idéologies », affirme-t-il.
Prudence AGBALETI