Le mouvement anti-immigration « March and March » a fixé au 30 septembre un second ultimatum aux migrants sans papiers pour quitter l’Afrique du Sud. Cette échéance, qui ne relève pas d’une décision de l’État, ravive l’inquiétude après les violences de Durban.
Les migrants africains en Afrique du Sud vivent dans la peur à l’approche de la date limite du 30 septembre 2026. Cette échéance a été fixée par le mouvement « March and March », dirigé par Jacinta Ngobese-Zuma, pour que les étrangers sans papiers quittent le pays. Elle ne constitue pas, en elle-même, une décision générale d’expulsion des autorités sud-africaines.
Il s’agit en réalité du second ultimatum lancé par le mouvement. Un premier avait déjà été fixé au 30 juin 2026, lors d’une mobilisation nationale. Selon des estimations, environ 178 000 ressortissants étrangers avaient quitté le pays à la suite de cette première échéance, que ce soit volontairement, par rapatriement organisé par leur gouvernement, ou par expulsion formelle de l’État.
Cette nouvelle date a été annoncée le 17 août, lors d’une manifestation tenue devant le Centre international de conférences de Durban, où se réunissaient les dirigeants de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Sous le slogan « Il est temps d’aller chercher vos ressortissants », les manifestants appelaient les gouvernements de la région à organiser eux-mêmes le retour de leurs citoyens sans titre de séjour.
Les réfugiés et les demandeurs d’asile de Durban rapportent que l’hostilité est souvent dirigée contre les étrangers, quel que soit leur statut juridique. Pendant des mois, des centaines de migrants originaires de République démocratique du Congo, du Burundi, d’Ouganda, du Mozambique et de Tanzanie ont campé devant le centre d’accueil des réfugiés de la ville, affirmant avoir fui leurs communautés d’origine par crainte d’attaques xénophobes.
Le 3 septembre, les tensions ont éclaté lorsque des membres de « March and March » ont affronté des réfugiés et des demandeurs d’asile à l’extérieur du centre, faisant au moins quatre blessés. Interrogée sur le risque d’une répétition des pillages et des attaques survenus fin juin, Jacinta Ngobese-Zuma a affirmé ne pas être inquiète.
Le mouvement montre par ailleurs des signes de fragilisation. Une scission publique et des marches hebdomadaires de plus en plus clairsemées ont été rapportées ces dernières semaines.
Son porte-parole national, Sandile Dube, a précisé que le mouvement attend des chefs d’État qu’ils se préparent à des rapatriements massifs d’ici le 30 septembre. Ses autres revendications portent sur un durcissement des contrôles de visas, une révision de la politique d’asile et des sanctions contre les employeurs de travailleurs sans papiers.
Le président Cyril Ramaphosa a de son côté condamné les attaques visant les migrants. Il a lié les mouvements migratoires à la pauvreté, aux conflits, à l’instabilité et au manque de gouvernance dans la région. L’Afrique du Sud cherche par ailleurs à obtenir du Malawi, du Nigeria et de l’Éthiopie le remboursement d’environ 18,5 millions de dollars dépensés pour rapatrier leurs ressortissants.
Cette impasse s’inscrit dans une histoire plus longue du sentiment anti-migrant en Afrique du Sud, où des flambées périodiques de violence xénophobe ont déjà visé des ressortissants d’autres pays africains, notamment lors de manifestations organisées par le mouvement à Pretoria et Johannesburg entre avril et mai, qui avaient fait au moins deux morts nigérians.
Les difficultés économiques, le chômage élevé et la concurrence perçue pour l’emploi et le logement alimentent ce ressentiment, malgré les appels des groupes de défense des droits à distinguer migrants réguliers et irréguliers. En vertu de l’article 34 de la loi sur l’immigration, seule l’État peut légalement procéder à une expulsion, selon une procédure encadrée.
Ce regain de tensions survient alors que l’Afrique du Sud se dirige vers les élections locales du 4 novembre, où l’immigration apparaît comme une question politique majeure. « March and March » rejette les accusations de xénophobie, insistant sur le fait qu’il cible l’immigration clandestine plutôt que les ressortissants étrangers en général.
Prudence AGBALETI