Le président béninois Romuald Wadagni a relancé, lundi 5 octobre à l’Élysée, la demande de restitution de 35 biens culturels à la France. La statue du dieu Gou, conservée au Louvre depuis son pillage en 1892, en est la pièce la plus symbolique.
En visite de travail en France lundi 5 octobre 2026, le président béninois Romuald Wadagni a relancé auprès d’Emmanuel Macron la demande de restitution formulée par son pays, qui porte sur 35 biens culturels et des fonds d’archives conservés dans les collections publiques françaises. Parmi les pièces réclamées figure la statue en fer du dieu Gou, à laquelle Cotonou tient particulièrement.
Cette statue, pillée en 1892 dans l’ancien royaume du Dahomey, est aujourd’hui exposée au musée du Louvre. Le Bénin avait déjà demandé sa restitution en 2016. L’ancien président Patrice Talon avait lui-même déploré, lors du retour des trésors d’Abomey en 2021, que cette statue et la tablette de divination du Fâ restent toujours en France.
Il s’agit d’une deuxième vague de demandes, après le retour au Bénin, en novembre 2021, de 26 trésors royaux d’Abomey. Ce lot comprenait notamment les statues anthropomorphes des rois Ghézo et Béhanzin, ainsi que plusieurs trônes royaux, emportés par les troupes coloniales en 1892.
Signe que le processus est bien engagé, le Bénin a installé, le 14 juillet 2026 à Cotonou, un Comité scientifique national de restitution des biens culturels, dont les membres avaient été nommés par décret en mars. L’installation officielle a été conduite par le ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine, Yassine Latoundji.
Le comité est présidé par Alain Godonou, expert du patrimoine et conservateur. Il dirige une équipe de six personnes, parmi lesquelles le directeur du Patrimoine culturel et l’historienne de l’art Marie-Cécile Zinsou, spécialiste des questions de restitution. Les membres du comité français, qui doit siéger conjointement avec son homologue béninois, sont en cours de désignation.
Ce dossier bénéficie désormais d’un cadre juridique plus favorable côté français. Le Parlement français a adopté définitivement, en mai 2026, une loi-cadre encadrant la restitution de biens culturels provenant d’États étrangers lorsqu’ils ont fait l’objet d’une appropriation illicite. Le texte prévoit l’intervention d’un comité scientifique conjoint avec l’État demandeur et une procédure spécifique permettant la sortie de biens des collections publiques françaises.
D’après des sources bien informées, le Bénin devrait recevoir une première réponse à sa demande à la mi-octobre. Suivront des discussions qui pourraient durer environ un mois. C’est seulement à l’issue de ces échanges que l’on saura si la France accepte de restituer l’ensemble des biens réclamés ou seulement une partie.
La demande béninoise porte sur des biens provenant d’Abomey, de Porto-Novo et de Kétou. On y trouve des amulettes d’amazones, un plateau de divination en bois sculpté conservé au musée du Quai Branly, ainsi que le siège en bois du roi Toffa de Porto-Novo, conservé dans le même musée. Gou, la divinité vodun du fer, de la forge et de la guerre, reste toutefois la pièce à laquelle le Bénin tient le plus : cette œuvre a été réalisée en hommage au roi Glèlè, père du célèbre Béhanzin, le souverain qui a résisté aux troupes coloniales françaises.
Prudence AGBALETI