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Mali : HRW accuse armée, alliés russes et insurgés de graves abus

Human Rights Watch accuse l’armée malienne, l’Africa Corps et les insurgés de graves violations du droit de la guerre. L’ONG presse l’Union africaine d’agir d’urgence pour protéger les civils, alors que gouvernements et organisations internationales restent largement passifs.

Human Rights Watch (HRW) a publié lundi 19 octobre un rapport détaillé sur le conflit au Mali. L’armée malienne et son allié russe, l’Africa Corps, ont tué et blessé des dizaines de civils, selon l’ONG. Ces abus ont eu lieu depuis juillet, lors d’attaques ou en détention, dans le centre et le nord. Ces exactions contre les civils ont déjà été largement documentées par plusieurs ONG et médias.

HRW a documenté deux (2) frappes de drones de l’armée malienne qu’elle juge manifestement indiscriminées entre juillet et août. À Talhandak, dans la région de Kidal, un centre de santé a été en partie détruit le 29 juillet. Le 19 août, une frappe sur le marché de Tombonkore, dans la région de Bandiagara, a tué six civils. Cette frappe a aussi blessé au moins vingt personnes, selon les témoins interrogés par l’organisation. Le 20 août, l’état-major malien a annoncé avoir neutralisé une vingtaine de « terroristes » dans ce secteur.

Selon l’ONG ACLED, les forces maliennes et l’Africa Corps ont mené 49 frappes aériennes entre avril et août. Ces frappes ont tué 89 civils, soit plus du double des 44 morts de la même période en 2025.

Au sol, d’autres violences visent aussi des civils. Cinq filles de 10 à 13 ans ont été abattues par des soldats près de Niono le 12 juillet. L’armée a présenté ses excuses aux familles, mais aucune enquête n’était connue à la mi-septembre, d’après HRW. Les 27 et 28 juillet, des miliciens dozos alliés ont tué trois civils peuls dans la région de Mopti.

Les insurgés ne sont pas épargnés par le rapport. Le GSIM, ou Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, est lié à Al-Qaïda. Depuis avril, jihadistes du GSIM et séparatistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) multiplient les attaques. Le 18 juillet, ils ont attaqué un convoi de l’armée et de l’Africa Corps, près de Tabrichat. Au moins 19 soldats maliens qui s’étaient rendus ont été torturés puis exécutés, selon HRW.

Le GSIM reconnaît les meurtres, mais dit ne pas les avoir ordonnés, selon sa réponse à l’ONG. Le FLA rejette toute accusation d’exécution et attribue la mort de soldats à des frappes de drones. Le parquet spécialisé malien a ouvert le 1er août une enquête sur les exécutions de Tabrichat, selon la presse.

Pour Ilaria Allegrozzi, chercheuse de HRW sur le Sahel, gouvernements et organisations internationales restent largement passifs. Elle demande au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine une session sur la protection des civils. Ce conseil avait demandé le 28 avril la protection des civils et des rapports réguliers sur la situation. Il devrait aussi exiger des enquêtes indépendantes sur les abus commis par toutes les parties au conflit.

Le pays est en proie depuis 2012 à une crise sécuritaire opposant l’armée aux jihadistes et aux séparatistes. Les militaires au pouvoir depuis les coups d’État de 2020 et 2021 se sont tournés vers la Russie. Ils ont fait appel aux paramilitaires du groupe Wagner, rebaptisé Africa Corps, pour les soutenir.

HRW s’appuie sur des entretiens menés à distance du 30 juillet au 20 septembre avec 30 personnes. L’ONG a aussi géolocalisé des vidéos en ligne et analysé douze photographies de débris de drone. Le ministre malien de la Défense n’a pas répondu à la lettre de HRW du 5 août.

Prudence AGBALETI

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