Au Sénégal, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô appelle au dialogue après le rejet en commission du budget rectificatif de 2026. À la veille de son examen en plénière, le désaccord avec les députés de Pastef révèle des divergences sur les priorités budgétaires.
Dimanche 25 octobre, le Premier ministre sénégalais Ahmadou Al Aminou Lô a appelé à un dialogue avec les parlementaires. Il souhaite parvenir à un compromis sur le projet de loi de finances rectificative pour 2026.
Le texte a été rejeté vendredi par la commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale. Son examen en séance plénière est prévu mardi 27 octobre.
Lors d’une conférence de presse à Dakar, le chef du gouvernement a invité les députés à formuler des amendements précis. Il a également proposé de rencontrer le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, avec les ministres concernés.
« Présentez vos amendements, ne punissez pas le peuple », a-t-il lancé. Il a assuré que l’exécutif restait disposé à discuter des ajustements proposés par les parlementaires.
Des désaccords sur les choix budgétaires
Le parti Pastef, qui détient la majorité parlementaire, conteste plusieurs arbitrages du gouvernement. Ses députés expriment notamment des réserves sur les investissements publics, les dépenses sociales et les modalités de financement.
Le gouvernement justifie la révision budgétaire par la dégradation de certaines prévisions financières. Selon les chiffres présentés par le Premier ministre, les recettes attendues diminuent de 340 milliards de francs CFA, tandis que les charges et besoins de financement augmentent de 540 milliards.
Le projet prévoit notamment une réduction de 555 milliards de francs CFA des crédits de paiement consacrés aux investissements publics. L’exécutif affirme toutefois maintenir les autorisations d’engagement, avec certains décaissements reportés.
Pastef a, de son côté, estimé que le texte ne répondait pas suffisamment aux préoccupations soulevées au Parlement. Le parti s’est néanmoins déclaré ouvert au dialogue avant le vote en séance plénière.
Un contexte financier sous pression
Ce désaccord intervient alors que le Sénégal cherche à rétablir l’équilibre de ses finances publiques. La dette publique a été réévaluée à environ 130 % du produit intérieur brut, à la suite de la découverte d’emprunts antérieurement sous-déclarés.
Dakar négocie par ailleurs un nouveau programme d’aide avec le Fonds monétaire international. Les discussions portent sur un financement potentiel de 2,2 milliards de dollars, tandis que les négociations sur la dette se poursuivent.
Le gouvernement doit donc concilier ses contraintes financières avec le maintien des investissements et des dépenses prioritaires. Les arbitrages du budget rectificatif constituent un point central de ces discussions.
Un bras de fer entre l’exécutif et sa majorité
La crise budgétaire met en lumière les désaccords entre le gouvernement et les députés de Pastef. Ousmane Sonko, président du parti et de l’Assemblée nationale, est au cœur des discussions autour du texte.
Ahmadou Al Aminou Lô a insisté sur la nécessité de préserver le dialogue entre les institutions. Il a également évoqué les mécanismes constitutionnels dont dispose le gouvernement si le blocage persiste.
L’examen parlementaire prévu mardi 27 octobre sera déterminant pour la suite du processus budgétaire. Il devra permettre de mesurer si les deux parties peuvent trouver un compromis ou si le désaccord institutionnel se prolonge.
Prudence AGBALETI