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ONU : à New York, Macky Sall déroule sa stratégie

En quête du poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Macky Sall a livré, le 22 avril à New York, une prestation dense et structurée devant les États membres. Face aux diplomates et représentants de la société civile, l’ancien chef d’État sénégalais a tenté de convaincre en proposant une refonte en profondeur du multilatéralisme, qu’il juge mis à rude épreuve par une accumulation de crises globales.

D’emblée, le diagnostic est posé : le monde traverse une phase de tensions inédites, marquée par des rivalités géopolitiques exacerbées, des conflits persistants, une vulnérabilité climatique croissante et des déséquilibres économiques durables. À cela s’ajoutent, selon lui, des pressions migratoires révélatrices d’un système international en perte d’équilibre.

Pour Macky Sall, ces crises ne sont plus conjoncturelles, mais bien structurelles. Une lecture qui appelle, selon lui, une transformation en profondeur des mécanismes de gouvernance mondiale. Dans ce contexte, il défend un multilatéralisme « indispensable », à condition qu’il retrouve efficacité, crédibilité et capacité d’action.

Refonder la confiance et réformer l’ONU

Au cœur de son plaidoyer, une ambition : restaurer la confiance entre les États membres et l’institution onusienne. Macky Sall a insisté sur la nécessité d’un Secrétariat général strictement neutre, affranchi des logiques de blocs. « Ni occidental, ni oriental », en substance, mais au service de l’équité, du dialogue et de la médiation.

Lucide sur les blocages actuels, il a pointé les limites du système, notamment lorsque des membres permanents du Conseil de sécurité sont eux-mêmes impliqués dans des conflits. Une configuration qui, selon lui, entrave la capacité d’action de l’ONU dans certaines crises majeures.

Sur le plan interne, le candidat sénégalais a plaidé pour une réforme structurelle de l’Organisation : simplification des procédures, rationalisation des mandats et amélioration du suivi des décisions. Il a notamment dénoncé une inflation normative peu efficace, estimant que sur des dizaines de milliers de résolutions adoptées, seule une part limitée est réellement appliquée.

Il a également promis une gouvernance plus équilibrée, fondée sur la parité et une meilleure représentation géographique, tout en appelant à une coordination renforcée entre agences, fonds et programmes afin de limiter les redondances.

Autre point saillant : la défense du multilinguisme, qu’il considère comme un pilier de la légitimité de l’ONU. Il a même évoqué le recours à l’intelligence artificielle pour améliorer la traduction et garantir un usage effectif des six langues officielles.

Dette, développement et urgence des réformes économiques

Sur le front du développement, Macky Sall a dressé un constat préoccupant : les progrès vers les Objectifs de développement durable restent inégaux, à l’approche de l’échéance de 2030. Il a particulièrement insisté sur le poids de la dette et l’aggravation des inégalités, qui touchent de manière disproportionnée les jeunes et les femmes.

Face à ces défis, il propose une réorientation du financement du développement, en misant davantage sur les partenariats, l’investissement privé et la mobilisation des ressources internes. Il a également appelé à une réforme des mécanismes d’accès au crédit international, jugés trop contraignants pour les économies vulnérables.

Sur le budget de l’ONU, il a pointé un déséquilibre dans l’allocation des რესources, estimant que les droits humains restent insuffisamment financés. Une révision des priorités s’impose, selon lui, pour garantir plus d’efficacité et d’équité.

Afrique, sécurité et réforme du Conseil de sécurité

S’adressant particulièrement aux pays africains, Macky Sall a réitéré son soutien à une réforme du Conseil de sécurité. Il a dénoncé l’absence de membres permanents africains comme une « injustice historique » qui affaiblit la légitimité des décisions concernant le continent.

Il a plaidé pour une meilleure articulation entre l’Union africaine et les priorités de l’ONU, notamment à travers l’alignement entre l’Agenda 2030 et l’Agenda 2063.

Sur les enjeux sécuritaires, il a insisté sur la nécessité de renforcer les moyens de lutte contre le terrorisme, en particulier dans la région du Sahel, tout en appelant à une coopération accrue avec les organisations régionales.

Concernant le droit de veto, il a adopté une approche pragmatique. Sans remettre frontalement en cause ce mécanisme, il a évoqué la possibilité d’en limiter l’usage dans les situations de violations graves des droits humains ou de conflits majeurs, à condition de parvenir à un consensus entre États membres.

Enfin, Macky Sall a défendu une diplomatie résolument préventive, fondée sur l’alerte précoce, la médiation et l’anticipation des crises. « Prévenir plutôt que subir », en somme, comme fil conducteur de sa vision.

Prudence AGBALETI

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