Médecins sans frontières accuse les autorités rebelles du Nord-Kivu d’entraver les soins aux victimes de violences sexuelles. Dans certains centres soutenus par l’ONG, les consultations ont baissé de 41 % entre janvier et août 2026. Le Front pour la refondation de la nation, ex-M23, a pris des engagements en octobre, non appliqués selon MSF.
Médecins sans frontières (MSF) dénonce des restrictions qui entravent les soins aux victimes de violences sexuelles au Nord-Kivu. Elle les attribue au Front pour la refondation de la nation (FRN), ex-AFC/M23, autorité de fait dans cette province. Le communiqué de MSF, publié lundi 2 novembre, évoque des mesures imposées depuis le début de l’année.
MSF cite d’abord une reconnaissance des violences sexuelles limitée aux personnes qui ont des blessures visibles. Les autorités exigeraient aussi des examens physiques intrusifs et médicalement inutiles pour prouver une agression. Les victimes doivent se présenter à la police avant d’être soignées, et dans les 72 heures suivant les faits. Des formulaires exigent aussi les noms et adresses des survivantes, ainsi que des détails sur les auteurs présumés.
Selon MSF, elles soulèvent de graves inquiétudes pour le secret médical, la protection des victimes et l’accès aux soins.
Dans certains établissements soutenus par MSF, 41 % de personnes en moins ont consulté en août qu’en janvier. D’autres structures sont passées d’environ 80 victimes par mois en 2025 à neuf (9) en 2026. MSF affirme que des dizaines d’enregistrements de consultations ont été effacés dans plusieurs centres de santé qu’elle soutient.
Des professionnels de santé disent avoir été menacés de suspension, voire d’emprisonnement, s’ils ne se conformaient pas aux mesures. Pour MSF, moins de cas signalés ne signifie pas moins de violences, mais plus d’obstacles aux soins.
Le FRN a été lancé à Goma le 12 octobre, sous la présidence de l’ex-président Joseph Kabila. Ce mouvement remplace l’AFC/M23, dissoute, dont les dirigeants sont devenus vice-présidents du nouveau mouvement, selon plusieurs médias. MSF dit avoir dialogué avec la direction du FRN, qui s’est engagée en octobre à corriger la situation.
Ces mesures correctives n’ont pas été mises en œuvre et les restrictions restent en vigueur, selon MSF. MSF appelle le FRN à appliquer ces accords et à garantir un accès confidentiel aux soins. MSF a pris en charge plus de 19 400 victimes de violences sexuelles au Nord-Kivu au premier semestre 2026.