Les récents coups d’État en Afrique sont des tentatives des militaires de sauver leurs pays des « promesses non tenues » des autocrates, a déclaré jeudi le chef de la transition guinéenne en reprochant l’Occident d’imposer à l’Afrique « le modèle démocratique qui ne marche pas ».
Le colonel Mamadi Doumbouya, qui a prêté serment en tant que président par intérim de la Guinée après le coup d’État de 2021, a déclaré à l’Assemblée générale des Nations Unies qu’au-delà de la condamnation des coups d’État, les dirigeants mondiaux doivent également « s’intéresser aux causes profondes et s’y attaquer ».
« Le putschiste n’est pas seulement celui qui prend les armes pour renverser un régime », a-t-il déclaré lors du rassemblement des dirigeants mondiaux à New York. « Je veux que nous soyons tous bien conscients du fait que les vrais putschistes, les plus nombreux, sont ceux qui évitent toute condamnation – ce sont ceux… qui trichent pour manipuler le texte de la constitution afin de rester éternellement au pouvoir. »
« Je fais partie de ceux qui, un matin, ont décidé de prendre nos responsabilités pour éviter à notre pays un chaos complet. Une situation insurrectionnelle. Aucune force politique, toutes complètement neutralisées à l’époque, n’avait le courage et les moyens de mettre un terme à l’imposture que nous vivions. La rectification institutionnelle à laquelle mes frères d’armes et moi avons pris nos responsabilités le 5 septembre 2021 n’était qu’une conséquence de cette situation de chaos qui avait fini par fissurer le tissu social et mettre à mal le vivre ensemble ».
Il a déclaré que la situation était similaire dans d’autres pays touchés par des coups d’État. « … les transitions qui sont en cours en Afrique sont dues à plusieurs facteurs parmi lesquels on peut citer les promesses non tenues, l’endormissement du peuple, le tripatouillage des constitutions par des dirigeants qui ont pour seul souci de se maintenir indéfiniment au pouvoir au détriment du bien-être collectif » a-t-il dit.
« La mauvaise répartition des richesses crée des inégalités sans fin, la famine, la misère qui rendent le quotidien de nos populations de plus en plus difficiles. Ces inégalités font partie des causes des événements qui mettent en péril le vivre-ensemble. Quand les richesses d’un pays sont dans les mains d’une élite alors que des nouveau-nés meurent dans des hôpitaux par manque de couveuse, il n’est pas surprenant que dans de telles conditions nous assistons à des transitions pour répondre aux aspirations profondes du peuple. » a ajouté Mamadi Doumbouya.
Pour Doumbouya, le modèle démocratique imposé par l’occident a échoué en Afrique « ce modèle démocratique que vous nous avez si insidieusement et savamment imposé après le sommet de la Baule en France, presque de façon religieuse, elle ne marche pas. Les différents indices économiques et sociaux sont là pour le démontrer. Ce n’est pas un jugement de valeur sur la démocratie en elle-même. »
« Nous, Africains, sommes insultés par les cases, les catégories qui nous placent tantôt sous l’influence des Américains, tantôt sous celle des Britanniques, des Français, des Chinois et des Turcs », a déclaré le dirigeant guinéen. « Aujourd’hui, les peuples africains sont plus éveillés que jamais et plus que jamais déterminés à prendre leur destin en main. »
« Nous sommes suffisamment matures pour définir nos priorités, pour concevoir notre propre modèle qui corresponde à notre identité, à la réalité de nos populations, à ce que nous sommes tout simplement. Nous vous serions fort reconnaissant de nous faire confiance et de nous laisser mener notre barque come vous l’avez permis dans certaines régions du monde » a conclu Mamadi Doumbouya.