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Au Kenya, appels à de nouvelles manifestations alors que le nombre de morts augmente

Les organisateurs des manifestations kenyanes ont appelé mercredi à de nouvelles marches pacifiques contre les hausses d’impôts controversées, alors que le bilan des manifestations nationales s’élève à 13 morts, a déclaré à l’AFP un responsable de la principale association de médecins.

Les rassemblements, principalement menés par des jeunes, ont débuté de manière pacifique la semaine dernière, avec des milliers de personnes marchant à travers le pays contre les augmentations d’impôts, mais les tensions se sont fortement intensifiées mardi, lorsque la police a ouvert le feu sur des manifestants qui ont pris d’assaut le Parlement.

Ces scènes sans précédent ont incendié et détruit certaines parties du Parlement et fait de nombreux blessés, choquant les Kenyans et incitant le gouvernement du président William Ruto à déployer l’armée.

Mardi après-midi, le Parlement a adopté le projet de loi controversé contenant des augmentations d’impôts, qui doit être signé par Ruto pour devenir loi.

Mais les manifestants ont promis de descendre à nouveau dans la rue jeudi pour réclamer l’abandon du projet de loi.

« Demain, nous marcherons à nouveau pacifiquement en portant du blanc, pour tous nos camarades tués », a déclaré l’organisatrice de la manifestation Hanifa Adan sur la plateforme de réseau social X.

Vous ne pouvez pas tous nous tuer

Les manifestants ont partagé « Tupatane Thursday » (« nous nous rencontrons jeudi » en swahili), accompagné du hashtag #Rejectfinancebill2024 sur les réseaux sociaux.

« Le gouvernement ne se soucie pas de nous parce qu’il nous a tiré dessus à balles réelles », a déclaré à l’AFP Steve, 40 ans, qui était au Parlement mardi.

Ruto « a victimisé des innocents », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il participerait à une marche jeudi : « Je m’attends à davantage de violence et de chaos ».

Simon Kigondu, président de l’Association médicale du Kenya, a déclaré à l’AFP : « Jusqu’à présent, nous avons au moins 13 personnes tuées, mais ce n’est pas le chiffre définitif ».

Il a ajouté qu’il n’avait jamais vu auparavant « un tel niveau de violence contre des personnes non armées ».

Un responsable de l’hôpital national Kenyatta de Nairobi a déclaré mercredi que les médecins soignaient « 160 personnes… certaines avec des blessures aux tissus mous, d’autres avec des blessures par balle ».

Violence et anarchie

Dans des publications en ligne, les organisateurs des manifestations ont partagé leurs efforts de collecte de fonds pour soutenir les personnes blessées lors des manifestations.

Ruto a prévenu mardi soir que son gouvernement adopterait une ligne dure contre « la violence et l’anarchie », assimilant certains manifestants à des « criminels ».

« Il n’est ni acceptable ni même concevable que des criminels se faisant passer pour des manifestants pacifiques puissent faire régner la terreur contre le peuple, ses représentants élus et les institutions établies par notre constitution et espérer s’en sortir indemnes », a-t-il déclaré.

Peu avant son discours, le ministre de la Défense Aden Bare Duale a annoncé que l’armée avait été mobilisée pour faire face à « l’urgence sécuritaire » dans le pays.

Une forte présence policière a été déployée autour du Parlement tôt mercredi, selon un journaliste de l’AFP, l’odeur des gaz lacrymogènes étant toujours présente.

Un policier debout devant les barricades brisées du complexe a déclaré à l’AFP qu’il avait regardé les scènes se dérouler à la télévision.

« C’était de la folie, nous espérons que ce sera calme aujourd’hui », a-t-il déclaré.

Ils ne m’ont rien laissé

Dans le quartier central des affaires, où se concentrent les protestations, les commerçants ont constaté les dégâts.

« Ils n’ont rien laissé, juste les cartons. Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour récupérer », a déclaré à l’AFP James Ng’ang’a, dont le magasin d’électronique a été pillé.

L’administration de Ruto a été surprise par l’intensité de l’opposition à ses hausses d’impôts.

Et tandis que les rassemblements – menés pour la plupart par de jeunes Kenyans de la génération Z – se sont déroulés en grande partie pacifiques, les tensions se sont fortement accrues mardi après-midi lorsque des policiers ont tiré sur la foule près du Parlement.

Les manifestants ont ensuite franchi les barricades du Parlement, saccageant le complexe en partie en feu, la télévision locale montrant des meubles brûlés et des fenêtres brisées.

Les journalistes de l’AFP ont vu trois personnes qui saignaient abondamment et gisaient immobiles au sol.

Coût de la vie

Les troubles ont alarmé la communauté internationale, plus de dix pays occidentaux, dont les États-Unis, se disant « particulièrement choqués par les scènes observées devant le Parlement kenyan ».

Les organismes de défense des droits ont également accusé les autorités d’avoir enlevé des manifestants.

Les griefs de longue date concernant la hausse du coût de la vie se sont intensifiés la semaine dernière alors que les députés ont commencé à débattre du projet de loi contenant les hausses d’impôts.

Le gouvernement, à court de liquidités, affirme que ces augmentations sont nécessaires pour rembourser la dette massive du pays, qui s’élève à quelque 10 000 milliards de shillings (78 milliards de dollars), soit environ 70 pour cent du PIB du Kenya.

Le Trésor a mis en garde contre un déficit budgétaire béant de 200 milliards de shillings, suite à la décision de Ruto la semaine dernière d’annuler certaines des hausses d’impôts les plus controversées.

Alors que le Kenya fait partie des économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Est, un tiers de ses 52 millions d’habitants vit dans la pauvreté.

Avec AFP

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