La guerre civile au Soudan a atteint un nouveau point critique après la prise de contrôle d’el-Fasher, dernier bastion de l’armée dans la région du Darfour occidental, par les Forces de soutien rapide (FSR). La Cour pénale internationale (CPI) soupçonne que des crimes de guerre ont été commis.
Le Bureau du Procureur de la CPI a exprimé lundi sa « profonde inquiétude et sa très vive préoccupation » face aux informations en provenance d’el-Fasher faisant état de massacres, de viols et d’autres crimes qui auraient été perpétrés.
« Dans le cadre de l’enquête en cours, le Bureau prend des mesures immédiates concernant les crimes présumés commis à el-Fasher afin de préserver et de rassembler les preuves pertinentes en vue de poursuites ultérieures », ont déclaré les procureurs de la CPI dans un communiqué.
Les atrocités d’el-Fasher s’inscrivent dans un contexte plus large.
La Cour pénale internationale (CPI) a tiré la sonnette d’alarme lundi concernant la situation à El-Fasher, ville reprise par les Forces de soutien rapide (FSR) après un siège de 18 mois. Le bureau du procureur de la CPI a examiné les rapports faisant état de plusieurs crimes commis par les rebelles paramilitaires.
« Ces atrocités s’inscrivent dans un contexte de violence généralisée qui frappe l’ensemble de la région du Darfour depuis avril 2023 », a déclaré le bureau dans un communiqué.
« De tels actes, s’ils sont avérés, pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité au sens du Statut de Rome », faisant référence au texte fondateur de la CPI.
Selon les Nations Unies, plus de 65 000 personnes ont fui el-Fasher, dont environ 5 000 ont trouvé refuge dans la ville voisine de Tawila. Cependant, des dizaines de milliers de personnes restent piégées et d’autres sont portées disparues après avoir fui. Avant l’assaut final, la ville comptait environ 260 000 habitants.
La Croix-Rouge met en garde contre la répétition de l’histoire au Darfour.
Par ailleurs, le chef de la Croix-Rouge a déclaré que l’histoire se répète au Darfour.
Vendredi, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a déclaré que des centaines de civils et de combattants non armés auraient été tués lors de la chute de la ville.
« La situation au Soudan est effroyable », a déclaré Mirjana Spoljaric, présidente du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), à l’agence Reuters lors d’un entretien accordé ce week-end.
« L’histoire se répète, et la situation empire à chaque fois qu’un territoire tombe entre les mains de l’autre camp », a-t-elle ajouté.
Selon Mme Spoljaric, des dizaines de milliers de personnes ont fui El-Fasher après la prise de la ville par les Forces de soutien rapide (FSR), et des dizaines de milliers d’autres sont probablement piégées sur place, sans accès à la nourriture, à l’eau ni aux soins médicaux.
Des années de violences à caractère ethnique ont suivi la répression des rebelles du Darfour dans les années 2000, entraînant la mort de centaines de milliers de personnes, une situation largement qualifiée de génocide. Les Forces de soutien rapide (FSR) trouvent leurs racines dans les milices « Janjawid » mobilisées à l’époque par le gouvernement de Khartoum.
Quel rôle jouent les acteurs étrangers au Soudan ?
Les Émirats arabes unis ont été accusés à plusieurs reprises de soutenir les FSR, ce qu’ils ont toujours nié. Par ailleurs, l’armée bénéficie également du soutien de puissances étrangères, notamment l’Égypte.
Interrogée sur son message aux prétendus soutiens étrangers des parties impliquées dans le conflit, Spoljaric a déclaré : « Les États qui exercent une influence sur les parties au conflit ont la responsabilité, en particulier, de prendre les mesures nécessaires pour les contenir et veiller à la protection des populations civiles. »
Le conflit au Soudan, qui a débuté en avril 2023, a fait des dizaines de milliers de morts et près de 12 millions de déplacés, engendrant ainsi la plus grave crise de déplacement et de famine au monde.