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En Tunisie, des peines de prison allant jusqu’à quarante-cinq ans pour complot contre la sûreté de l’Etat

La cour d’appel de Tunis a condamné vendredi 40 personnalités de l’opposition, du monde des affaires et des médias à des peines de prison allant de cinq à 45 ans pour complot contre la sûreté de l’État, a rapporté l’agence de presse officielle TAP.

Il s’agit de l’une des plus importantes poursuites pour atteinte à la sécurité dans l’histoire récente de ce pays d’Afrique du Nord. Les accusés étaient jugés depuis mars, tandis que plus de 20 autres avaient fui à l’étranger, selon les autorités.

« La Cour d’appel de Tunis a rendu un arrêt définitif vendredi matin contre les accusés dans l’affaire dite de complot contre l’État », a indiqué la radio Mosaique FM, citant une source officielle, précisant que les peines allaient de cinq à 45 ans.

Près de 40 accusés, dont beaucoup sont des critiques du président Kaïs Saïed, avaient été condamnés en avril à des peines allant jusqu’à 66 ans pour « complot contre la sûreté de l’État » et « appartenance à un groupe terroriste ».

Les organisations de défense des droits humains ont condamné ce verdict, le jugeant politiquement motivé.

« C’est une farce judiciaire… Il y a une volonté manifeste d’éliminer les opposants politiques », a déclaré Mokthar Jmai, avocat de la défense, jeudi après le procès.

Selon les autorités, les accusés, parmi lesquels figurent d’anciens responsables et l’ancien chef des services de renseignement, Kamel Guizani, ont tenté de déstabiliser le pays et de renverser Saied.

D’éminentes personnalités de l’opposition, dont Ghazi Chaouachi, Issam Chebbi, Jawahar Ben Mbarek et Ridha Belhaj, ont été condamnées à des peines de prison de 20 ans, a déclaré une autre avocate des accusés, Dalila ben Mbarek. L’homme politique Noureddine Bhiri a été condamné à dix ans de prison.

Libération

Plusieurs accusés ont bénéficié d’un non-lieu dont le directeur de la radio Mosaïque FM Noureddine Boutar, selon Me Chebbi.

Jeudi, une majorité des accusés détenus avaient refusé de s’exprimer, car le tribunal avait imposé leur audition en visioconférence, rejetant les demandes de leurs avocats. La soeur de M. Ben Mbarek, l’avocate Dalila Msaddek, a averti que «Jawhar risque de mourir» alors qu’il «ne demande qu’une seule chose, se défendre» en personne devant le tribunal.

Avant le procès en appel qui s’est déroulé en trois séances à partir de fin octobre, l’ONG Human Rights Watch avait réclamé « l’annulation des peines injustes » prononcées en première instance, dénonçant notamment une absence de « garanties d’un procès équitable ». Pour l’ONG, le procès s’est inscrit dans une campagne plus large de « répression » de « toute forme de critique ou dissidence ».

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