A LA UNE ALGERIE Société Union Africaine

Les pays africains exigent la reconnaissance des crimes coloniaux et des réparations

Les représentants des pays africains ont insisté dimanche, à Alger, sur la nécessité de reconnaître, de pénaliser et de réparer les crimes commis durant la période coloniale.

Lors d’une conférence à Alger, diplomates et dirigeants se sont réunis pour faire avancer une résolution de l’Union africaine, adoptée en début d’année, qui appelle à la justice et à des réparations pour les victimes du colonialisme.

Dans son discours d’ouverture, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a déclaré que l’expérience de l’Algérie sous domination française soulignait l’impératif de demander réparation et de récupérer les biens spoliés.

Un cadre juridique, a-t-il ajouté, garantirait que la restitution ne soit perçue « ni comme un cadeau ni comme une faveur ».

« L’Afrique est en droit d’exiger la reconnaissance officielle et explicite des crimes commis contre ses peuples durant la période coloniale, première étape indispensable pour faire face aux conséquences de cette époque, pour laquelle les pays et les peuples africains continuent de payer un lourd tribut en termes d’exclusion, de marginalisation et de sous-développement », a déclaré M. Attaf.

Les conventions et statuts internationaux acceptés par la majorité des pays interdisent des pratiques telles que l’esclavage, la torture et l’apartheid. La Charte des Nations Unies interdit la conquête territoriale par la force, mais ne mentionne pas explicitement le colonialisme.

Cette absence était au cœur du sommet de l’Union africaine de février, où les dirigeants ont discuté d’une proposition visant à élaborer une position unifiée sur les réparations et à définir formellement la colonisation comme un crime contre l’humanité.

Le coût économique du colonialisme en Afrique est considéré comme exorbitant, certaines estimations chiffrant le coût du pillage à plusieurs milliards d’euros. Les puissances européennes ont extrait les ressources naturelles, souvent par des méthodes brutales, amassant d’immenses profits grâce à l’or, au caoutchouc, aux diamants et autres minéraux, tout en laissant les populations locales appauvries.

Ces dernières années, les États africains ont intensifié leurs demandes de restitution des objets pillés, encore conservés aujourd’hui dans les musées européens.

Ahmed Attaf a déclaré que ce n’était pas un hasard si la conférence se tenait en Algérie, un pays qui a subi certaines des formes les plus brutales de la domination coloniale française et qui a mené une guerre sanglante pour obtenir son indépendance.

Son impact fut considérable : près d’un million de colons européens bénéficiaient de privilèges politiques, économiques et sociaux plus importants, même si l’Algérie faisait juridiquement partie de la France et que ses hommes furent mobilisés pendant la Seconde Guerre mondiale. Des centaines de milliers de personnes périrent lors de la révolution algérienne, durant laquelle les forces françaises torturèrent des détenus, firent disparaître des suspects et dévastèrent des villages dans le cadre d’une stratégie de contre-insurrection visant à maintenir leur emprise sur le pouvoir.

« Notre continent conserve l’exemple de l’épreuve amère de l’Algérie comme un modèle rare, presque sans équivalent dans l’histoire, par sa nature, sa logique et ses pratiques », a affirmé le ministre Attaf.

L’expérience algérienne a longtemps influencé sa position sur le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole revendiquée par le Maroc voisin et le Front Polisario, mouvement indépendantiste.

Dimanche, Attaf a présenté la situation comme un cas de décolonisation inachevée, reprenant la position officielle de l’Union africaine alors même qu’un nombre croissant d’États membres soutiennent la revendication du Maroc sur ce territoire. Il l’a qualifié de « dernière colonie de l’Afrique » et a salué la lutte des Sahraouis autochtones « pour faire valoir leur droit légitime et légal à l’autodétermination, confirmé – et constamment réaffirmé – par le droit international et la doctrine de l’ONU sur la décolonisation ».

L’Algérie plaide depuis des décennies pour que le colonialisme soit traité par le droit international, tout en faisant preuve de prudence afin de ne pas exacerber les tensions avec la France, où l’héritage de la guerre reste un sujet politiquement sensible.

En 2017, le président français Emmanuel Macron a qualifié certains aspects de l’histoire de crime contre l’humanité, mais s’est abstenu de présenter des excuses officielles et a exhorté les Algériens à ne pas s’attarder sur les injustices passées.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

X