Quatre organisations majeures de la société civile tchadienne tirent la sonnette d’alarme. Dans un communiqué conjoint, elles dénoncent une « répression d’État » et un recul préoccupant des libertés publiques, qu’elles assimilent à un effacement progressif des acquis démocratiques au Tchad.
Parmi les signataires figurent la Coalition contre l’impunité (CCI), l’Association tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme (ATPDH), le Public Interest Law Center (PILC) et l’Association des Femmes pour le Développement et la Culture de la Paix au Tchad (AFDCPT). Ce texte d’alerte est porté par des figures reconnues de la société civile, dont Jacqueline Moudeina et Kemneloum Delphine Djiraïbé.
Une situation jugée « alarmante »
Les organisations décrivent un climat de violence et d’impunité qu’elles comparent aux exactions signalées dans les régions du Dar Tama et du canton Korbol. Elles évoquent des centaines de victimes et pointent l’absence de poursuites judiciaires.
Elles dénoncent également la détention prolongée de Succès Masra, président du parti Les Transformateurs, incarcéré depuis près d’un an à l’issue de ce qu’elles qualifient de « simulacre de procès ».
Vague d’arrestations et crispation politique
Le communiqué fait suite à une série d’interpellations menées le 25 avril 2026 contre plusieurs figures politiques membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP). Parmi les personnes arrêtées figurent Avoksouma Djona, président du parti Les Démocrates, interpellé avec son épouse, Néatobi Bidi Valentin, président du Parti Africain pour la Justice Sociale, Nassour Ibrahim Koursami, leader des Patriotes, ainsi que Max Kemkoye, président de l’Union des Démocrates pour le Développement et le Progrès (UDP).
Le journaliste Avenir de la Tchiré serait, selon les signataires, activement recherché.
Des « enlèvements » dénoncés
Selon les organisations, ces arrestations auraient été menées par des agents de l’Agence nationale de sécurité (ANS) en dehors de tout cadre légal, s’apparentant à des « enlèvements ». Elles contestent le fondement juridique avancé par les autorités, l’exécution d’une décision de la Cour suprême interdisant une marche prévue le 2 mai, estimant qu’aucune infraction ne peut être retenue pour un acte non encore commis.
Ces mesures sont qualifiées d’atteintes graves aux libertés fondamentales, en contradiction avec la Constitution tchadienne et les engagements internationaux du pays. Les signataires tiennent les autorités pour responsables de toute atteinte à l’intégrité physique et morale des personnes détenues.
Appel à un dialogue inclusif
Face à cette escalade, les organisations exigent la libération immédiate et sans condition de Succès Masra ainsi que de l’ensemble des leaders arrêtés. Elles plaident pour l’ouverture rapide d’un dialogue politique inclusif, fondé sur l’État de droit et les principes démocratiques.
Elles appellent également les partenaires internationaux du Tchad à faire de ce dialogue une priorité, tout en réaffirmant leur engagement en faveur de la paix, de la justice et du respect des droits humains. Un appel à l’apaisement, dans un contexte politique de plus en plus tendu.
Prudence AGBALETI