Les Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises font face à une multiplication des désertions vers l’armée régulière. Ce phénomène pourrait fragiliser le groupe paramilitaire alors que la guerre au Soudan entre dans sa quatrième année.
Le 19 août 2026, 318 combattants des FSR, dont quatre commandants, ont rejoint les Forces armées soudanaises. Les déserteurs sont arrivés à Al-Dabba, dans l’État du Nord, avec près de 50 véhicules de combat. Ce ralliement constitue un nouveau revers pour les forces dirigées par le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti.
Cette vague de défections confirme une tendance observée depuis plusieurs mois au sein des FSR. Début août, un groupe de 45 paramilitaires avait déjà rallié l’armée à Omdourman avec ses armes et véhicules.
Des analystes soulignent que l’érosion des effectifs et du matériel pèse désormais sur les capacités opérationnelles des FSR. Plusieurs officiers avaient également déserté au printemps 2026, avant cette nouvelle vague de ralliements en août.
La guerre soudanaise a éclaté le 15 avril 2023 à Khartoum, sur fond de rivalité entre deux généraux. Le chef de l’armée Abdel Fattah al-Burhan s’oppose depuis lors au chef des FSR, Mohamed Hamdan Dagalo.
Les deux (2) hommes avaient pourtant partagé le pouvoir après la chute du président Omar el-Béchir en 2019. Ils se sont opposés sur le contrôle de l’appareil sécuritaire et sur l’intégration des FSR à l’armée régulière.
Les combats se sont rapidement étendus à Khartoum, au Darfour et au Kordofan, impliquant d’autres groupes armés. Après plus de trois (3) ans, l’armée contrôle Khartoum tandis que les FSR dominent l’ouest du pays.
Le bilan précis de la guerre reste difficile à établir en raison de l’accès limité à certaines zones. L’organisation ACLED évalue à environ 56 000 le nombre de morts liés au conflit à la mi-2026.
D’autres estimations évoquent un bilan nettement supérieur, certaines allant jusqu’à 150 000 morts depuis 2023. L’ONU et plusieurs organisations humanitaires soulignent que ces chiffres sous-estiment probablement la réalité du terrain.
Le déplacement de population reste l’une des conséquences les plus dramatiques de cette guerre au Soudan. Selon des estimations humanitaires, plus de 13 millions de personnes ont été déplacées de force depuis 2023, réfugiés compris.
La guerre a également provoqué l’effondrement d’une grande partie des services essentiels, notamment le système de santé. Plusieurs régions du Soudan sont confrontées à la famine ou à un risque élevé de famine.
Les désertions pourraient représenter davantage qu’une simple perte d’effectifs pour le groupe paramilitaire des FSR. Le départ de commandants disposant de leurs propres unités peut fragiliser la cohésion et les chaînes de commandement.
L’armée soudanaise cherche parallèlement à exploiter ces ralliements pour renforcer ses effectifs face aux FSR. Elle a engagé des procédures de vérification et promis une amnistie aux anciens combattants des FSR ralliés.
La multiplication des défections ne signifie pas pour autant la fin des capacités militaires des FSR. Le groupe conserve des combattants, des ressources et des positions stratégiques importantes dans plusieurs régions du pays.
Ces ralliements constituent néanmoins un indicateur supplémentaire de l’usure d’une guerre entrée dans sa quatrième année. Le conflit continue de ravager le Soudan et d’alimenter l’une des crises humanitaires les plus graves au monde.
Prudence AGBALETI