L’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis jeudi, invoquant ce qu’elle a qualifié d’une série d’actions « provocatrices ou hostiles » de la part d’Abou Dabi, sans toutefois préciser le motif exact de cette décision.
Les Émirats arabes unis ont exprimé l’espoir que la décision de l’Algérie de rompre les liens diplomatiques ne serait que temporaire, a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué publié plus tard dans la journée, ajoutant qu’Abou Dabi restait attaché à la préservation des liens entre les peuples des deux pays ainsi que de leurs intérêts communs.
Les relations entre les deux pays se sont considérablement tendues ces dernières années, les médias algériens critiquant vivement les Émirats arabes unis et les accusant de chercher à semer la discorde dans la région.
« Le ministère des Affaires étrangères réaffirme l’estime que les Émirats arabes unis portent au peuple algérien frère ainsi que leur fierté quant aux liens unissant les deux peuples, notamment à travers la communauté algérienne résidant aux Émirats et les visiteurs algériens », a déclaré le ministère.
Le ministère algérien des Affaires étrangères a indiqué que les agissements des Émirats avaient atteint un seuil inacceptable et intolérable, ajoutant avoir « épuisé tous les moyens de préserver les relations bilatérales ».
Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, a déclaré sur X que les relations diplomatiques devaient reposer sur « la rationalité, la communication et la clarté des intérêts », plutôt que sur « des énigmes et des signaux nécessitant un décryptage ».
Gargash, qui n’a pas explicitement mentionné l’Algérie ni lié ses propos à la décision de celle-ci, a affirmé qu’une diplomatie efficace reposait sur des positions claires ainsi que sur une gestion adéquate des intérêts et des désaccords.
Suite à sa décision de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, l’Algérie fermera son espace aérien à tous les aéronefs civils et militaires immatriculés aux Émirats à partir de vendredi, a rapporté Ennahar TV en citant le ministère algérien de la Défense.
Les vols commerciaux émiratis à destination et en provenance d’Alger seront exemptés de cette interdiction jusqu’à la fin de l’année 2026, date d’expiration du contrat en cours, a précisé le ministère.
Divergences sur les questions régionales
L’ambassadeur des Émirats arabes unis a été convoqué au ministère algérien des Affaires étrangères ; il a été informé de la décision et a disposé d’un délai de 48 heures pour s’y conformer, a indiqué le ministère.
L’Algérie et les Émirats arabes unis ont adopté des positions divergentes sur plusieurs questions régionales. L’Algérie s’oppose à la normalisation avec Israël, tandis que les Émirats arabes unis et le Maroc — rival régional de l’Algérie — ont établi des relations diplomatiques avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham, conclus sous l’égide des États-Unis en 2020.
Les deux pays se trouvent également dans des camps opposés concernant le conflit du Sahara occidental, qui dure depuis des décennies. Les Émirats arabes unis soutiennent la revendication de souveraineté du Maroc sur ce territoire, où ils ont ouvert un consulat, alors que l’Algérie appuie le Front Polisario, qui réclame l’indépendance du Sahara occidental.
Les intérêts des deux pays se sont de plus en plus croisés au Sahel, où les Émirats arabes unis ont renforcé leurs liens avec plusieurs gouvernements ces dernières années, tandis que les relations de l’Algérie avec certains de ses voisins du sud se sont tendues à la suite d’une série de coups d’État militaires.
L’année dernière, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déclaré que les relations de son pays avec tous les États du Golfe étaient chaleureuses, à l’exception d’un seul — une allusion à peine voilée aux Émirats arabes unis.
Il a qualifié de « fraternels » les liens avec l’Arabie saoudite, le Koweït, Oman et le Qatar, tout en accusant ce pays non nommé de s’ingérer dans les affaires intérieures de l’Algérie et de chercher à la déstabiliser.
En février, l’Algérie a entamé la procédure d’annulation d’un accord sur les services aériens avec les Émirats arabes unis, signé à Abou Dabi en mai 2013.