L’Égypte a fourni mardi à la Somalie sa première aide militaire depuis plus de quatre décennies, ont indiqué trois sources diplomatiques et gouvernementales somaliennes, une mesure qui risque d’aggraver les tensions entre les deux pays et l’Éthiopie.
L’Égypte et la Somalie se sont rapprochées cette année après que l’Éthiopie a signé un accord préliminaire avec la région séparatiste du Somaliland pour louer des terres côtières en échange d’une éventuelle reconnaissance de son indépendance vis-à-vis de la Somalie.
Le gouvernement de Mogadiscio a qualifié cet accord d’atteinte à sa souveraineté et a déclaré qu’il le bloquerait par tous les moyens nécessaires.
L’Égypte, en conflit avec l’Ethiopie depuis des années au sujet de la construction par Addis Abeba d’un immense barrage hydroélectrique sur le Nil, a condamné l’accord avec le Somaliland. Elle a signé un pacte de sécurité avec Mogadiscio au début du mois et a proposé d’envoyer des troupes dans une nouvelle mission de maintien de la paix en Somalie.
La Somalie a déjà menacé de renvoyer les quelque 10 000 soldats éthiopiens présents dans le cadre de la mission de maintien de la paix et d’accords bilatéraux pour combattre les militants d’Al Shabaab, si l’accord n’est pas annulé.
Deux avions militaires égyptiens sont arrivés à l’aéroport de Mogadiscio mardi matin avec des armes et des munitions, selon des sources proches du dossier.
Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que le pays « ne peut pas rester les bras croisés pendant que d’autres acteurs prennent des mesures pour déstabiliser la région », affirmant qu’il avait travaillé à promouvoir la paix et la sécurité en Somalie et dans la région, notamment en discutant pour résoudre les différends avec la Somalie.
« Au lieu de poursuivre ces efforts pour la paix, le gouvernement somalien est de connivence avec des acteurs extérieurs visant à déstabiliser la région », a déclaré le ministère.
Le communiqué de l’Éthiopie ne mentionne pas l’Égypte ou sa livraison d’armes à la Somalie.
La Turquie a accueilli deux cycles de négociations indirectes depuis juillet entre la Somalie et l’Éthiopie sur l’accord du Somaliland, qui n’a pas encore été finalisé. Un troisième cycle est attendu le mois prochain.
L’Éthiopie, pays enclavé, dit avoir besoin d’un accès à la mer. Mogadiscio insiste sur le fait que le Somaliland, qui n’a pas obtenu de reconnaissance internationale malgré une autonomie de fait depuis plus de 30 ans, fait partie de la Somalie.