Deux jours après l’échéance fixée pour l’échange de prisonniers, aucun geste concret n’a été posé ni par le gouvernement congolais ni par les rebelles de l’AFC-M23. L’accord conclu à l’issue des négociations de Montreux, en Suisse, prévues jusqu’au 27 avril, reste lettre morte.
Selon les termes de cet engagement, Kinshasa devait procéder à la libération de 311 combattants de l’AFC-M23, tandis que le mouvement rebelle s’était engagé à relâcher 166 personnes proches du pouvoir. Mais sur le terrain, les hostilités se poursuivent sans relâche. Chaque camp accuse l’autre de violations répétées du cessez-le-feu et de manquements aux engagements pris lors des discussions.
Kinshasa accusée d’inaction stratégique
Pour certains analystes, ce blocage ne relève pas du hasard. Le professeur Jules Nyanza, politologue à l’Université de Goma, pointe une absence de volonté réelle du côté des autorités congolaises. Selon lui, le maintien de l’instabilité à l’est pourrait servir des intérêts politiques internes.
Il évoque notamment les débats autour d’une éventuelle révision constitutionnelle et les déclarations de certains responsables politiques suggérant un report des élections de 2028 tant que certaines zones restent sous contrôle rebelle. Dans ce contexte, la persistance du conflit pourrait indirectement favoriser un prolongement du pouvoir en place, au détriment des populations civiles qui continuent de payer le prix de la guerre.
Risque de ralentissement du processus de paix
Même constat du côté du professeur Philippe-Doudou Kaganda, spécialiste des dynamiques de conflit dans la région des Grands Lacs. Il met en garde contre les conséquences d’un manque d’engagement politique des deux parties.
Sans parler d’un échec définitif, il estime que cette inertie pourrait considérablement ralentir le processus de paix. Un retard qui aggrave davantage la situation humanitaire déjà critique. Pour lui, une implication plus ferme de la communauté internationale est indispensable afin de contraindre les belligérants à honorer leurs engagements.
Une crise humanitaire qui s’enlise
Depuis plus d’un an, l’AFC-M23, accusé d’être soutenu par le Rwanda, contrôle plusieurs zones stratégiques dans l’est de la République démocratique du Congo, notamment les villes de Goma et Bukavu. Les affrontements réguliers avec les forces armées congolaises continuent de provoquer des déplacements massifs de populations.
Face à cette spirale de violence, la situation humanitaire reste alarmante, avec un nombre croissant de déplacés et des conditions de vie de plus en plus précaires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Dans ce climat de méfiance et d’escalade, l’échange de prisonniers, censé constituer un premier pas vers l’apaisement, apparaît aujourd’hui comme une opportunité manquée.
Prudence AGBALETI